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Nous étions lycéens (Partie 17)

samedi 9 novembre 2013, écrit par : Toufik Gasmi, mis en ligne par : Boutebna N.

L’ENSEIGNEMENT - 1

Etaient dispensés dans les 52 classes que comptait notre lycée, des cours plus captivants les uns que les autres. Nous nous souvenons tous de Madame Millara mimant un chef d’orchestre en balançant ses bras de haut en bas pour mieux nous apprendre le solfège. Son affection à notre endroit ainsi que sa générosité la poussaient spontanément à partager avec les mioches que nous étions des morceaux de Farid el Atrache diffusés sur un électrophone de fortune.
Pour les travaux pratiques de sciences naturelles, l’administration du Lycée commandait des souris blanches et des grenouilles de l’Institut Pasteur de la capitale. Les jeunes rongeurs et autres batraciens étaient réceptionnés à la Gare de Sétif par Nouani Abdelhamid et Rahmani Djelloul qui s’occupaient de leur élevage. Les anciens se souviennent de ce bassin situé prés du jardin du lycée et qui étaient pratiquement la ‘’propriété’’ de ces agents. Ces animaux finissaient généralement dans nos laboratoires. Ces fonctionnaires travaillant en étroite symbiose avec les professeurs de sciences, se rendaient hebdomadairement, au marché couvert ou à l’abattoir (c’était le mardi) pour commander des sardines et des yeux de bœuf, pour les besoins des travaux pratiques .Oui, à 14 ans nous faisions déjà des dissections.
Messieurs Nouani et Rahmani, vous avez été tout au long de votre carrière, de vrais professionnels, vous nous avez tant aidés, tant appris, et ce serait une ingratitude que de vous oublier. Notre regret, c’est de ne pas vous avoir honoré comme vous le méritez.

Les cours de sciences naturelles étaient pour nous, une des disciplines favorites, car la pratique suivait la théorie, excellemment enseignée .En classe de 3ème, année du BEPC, nous avions au programme le corps humain. Chacun de nous se souvient du squelette d’un être humain (un vrai) monté sur une planche à roulettes et protégé par un voile noir. Nos professeurs n’avaient aucune difficulté à nous apprendre les noms des os composant le squelette.
M. Conche, ce professeur sympathique, mais sévère qui venait de son domicile sis à la cité des Cheminots jusqu’au lycée à vélo, ne pouvait distribuer que des bonnes notes. A travers sa méthode d’enseignement, il nous a beaucoup appris .Tout le mérite lui revient.
Le corps humain était pour nous très familier. Oui, à 14 ans nous le connaissions déjà, les os et organes n’étaient plus des secrets pour nous. A cet âge, on connaissait beaucoup de choses. C’était cela aussi l’enseignement, le vrai. Peut être que les élèves d’hier, devenus médecins aujourd’hui, se sont découvert des prédispositions en cette année là.
Dans ce même ordre d’idée , des camarades se rappellent d’un professeur venu de Belgique ,lui aussi enseignait les sciences naturelles ,il portait des binocles rondes lui tombant sur le nez et avait la particularité d’être chaussé hiver comme été de sandales, sans chaussettes .Avouez que par le froid glacial qui sévissait sur Sétif, porter des chaussures de la sorte impliquait un courage et une résistance à toute épreuve. On se marrait bien avec lui. Le chahut en classe ne le dérangeait nullement .Il faut dire que nous étions de drôles de garnements. Marber était son nom. Quand on le sollicitait, il nous racontait des histoires belges, et il en connaissait pas mal .Il se délectait le plus naturellement du monde, et le comble, c’est qu’il ne riait pas avec nous.

Bien sur, ces histoires ont vite fait le tour des classes. Nous ne les avons pas oubliées. Il nous arrive de les raconter encore.
Les cours d’histoire étaient ensorcelants dans la mesure où nous avions l’impression de vivre à travers la narration des enseignants les moments forts que connut l’humanité de la Mésopotamie jusqu’à la grande guerre. Nous parcourions aussi les grands classiques de la littérature française, de Charles Baudelaire à Alphonse Allais, de Victor Hugo à Pierre Corneille et parfois, nous nous efforcions d’apprendre certains de ces poèmes de génie pour les destiner timidement sur un bout de papier à notre dulcinée.

La salle de dessin, mini amphithéâtre, était notre salle préférée avec celle de musique .On y entrait, le carton à dessin sous le bras pour essayer de reproduire un des portraits en plâtre que renfermait l’arrière salle.
Le modèle était posé au milieu de la salle et chacun de la place qu’il occupait tentait de le reproduire .Si certains avaient ce coup de main qui décelait en eux une dextérité digitale avancée, d’autres se salissaient les doigts avec le fusain, avant même d’entamer le ‘’travail’’.Ceux là ont vite compris qu’ils n’étaient pas faits pour l’art.
M. Soisson, l’homme à la veste en daim, a su nous faire aimer cet art. Quelques uns de nos camarades se considèrent aujourd’hui comme artistes et éprouvent de la reconnaissance envers ceux qui leur ont permis de s’épanouir dans cet art.
Au fait, que sont devenus ces portraits, ces statues en plâtre ?
L’enseignement de la physique et de la chimie restait pour certains des moments très forts tant ils excellaient dans cette matière.
En blouses blanches, les travaux pratiques étaient effectués dans les laboratoires, équipés de tous les appareils –on se croirait dans une station de recherche tant l’équipement était à la pointe de la technologie d’alors- sous la conduite de MM.Djabali et Tamarat qui ne manquaient jamais de nous encourager à leur manière et n’hésitaient pas également de nous rabrouer lors d’une mauvaise manipulation.
Professeurs, vous nous avez beaucoup appris chacun dans votre discipline et nous ne saurons jamais vous remercier !

A SUIVRE


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