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Le 43e vendredi de la contestation populaire à Sétif : Le jour d’après

samedi 14 décembre 2019, écrit par : Hamoud ZITOUNI

Vendredi 13 Décembre 2019, Djoumoua mobaraka (vendredi béni) pour les uns. Vendredi du désenchantement et de la colère pour les autres. Les plus heureux sont ceux qui savourent leur « victoire » contre « les harkis » et les « zouaves » ou ceux, peut-être plus nombreux, qui croient sincèrement qu’ils ont contribué par leur vote à « sauver le pays du chaos », celui-ci restant bien sûr un danger réel.

N’étant pas sortie pour une raison ou une autre montrer sa joie réelle ou feinte, cette catégorie de citoyens pro-élection ne peut être estimée. Elle est juste ressentie à travers les réseaux sociaux et même observée la veille aux abords des centres de vote. Elle existe bel et bien et se recrute de tout âge. En revanche, celle qui paraît irréductible, revêche et insoumise et que d’aucuns affublent de « zouaves » et de « traîtres à la nation », affiche son ostensiblement son nombre et sa colère collective dans la rue en ce jour de repos hebdomadaire pas comme les autres.
En ce jour ensoleillé, le carrefour du centre ville de Sétif, lieu habituel du rassemblement du hirak, connaît une ambiance à couper à la hache. Des dizaines de véhicules de la police stationnent tout le long du boulevard de l’ALN. Des fourgons bleus, des fourgons blancs, des 4X4, des paniers à salades, un camion doté de canon à eau et de pelle. Toute une armada exhibée pour probablement impressionner et intimider des manifestants qui à ce jour n’ont pas manqué à leur caractère pacifique. Depuis, le 22 février aucune vitre n’a été prisée ni équipement public vandalisé par le fait des hirakistes.

Des dizaines d’agents de brigades anti-émeute investissent les lieux et interdisent aux passants d’emprunter le trottoir longeant les façades du siège de la wilaya. Les grappes humaines bruyantes, dont on entend la clameur de loin, sont recueillies, happées devrait-on dire, au fur et à mesure de leur arrivée sur les lieux. Elles sont, encerclées et maîtrisées puis engouffrées dans des fourgons avec dextérité, fulgurance et technicité qui rappelle celle des scènes de documentaires Survival et de National Géographic. Les coups sont invisibles. La violence cruelle semble exclue, proscrite et surtout injustifiable du fait du pacifisme résolu des manifestants. Pas de coup visible de matraque, juste une maîtrise adroite et vigoureuse de la « proie ».

On est loin des scènes cruelles et indignes qui circulent sur les réseaux sociaux.
L’endroit se vide un moment y compris des passants et des curieux sommés de quitter les lieux. Mais près de deux heures plus tard, à 16 heures tapantes, une grosse clameur parvient du nord–est de la ville, le quartier dit « La gare ». Les hommes en bleu momentanément en relâche, se remettent prestement sur leurs gardes, reprennent leurs positions, cernent les façades de l’édifice préfectoral et barrent l’accès au boulevard montant de l’ALN. La vague humaine est déjà là, surgissant de la rue Bella Ali, une artère qui dégage sur le boulevard du 1er novembre juste devant le siège proconsulaire gardé comme une forteresse. Pour la symbolique historique, il semble que c’est de cette rue même qu’a surgi la manifestation du 8 mai 1945 sur l’ex rue de Constantine. Près de 2000 manifestants de tout âge, chauffés à blanc, clament leurs slogans hostiles aux élections et à leurs résultats. En moins de 5 minutes, le carrefour nœud gordien de la ville est envahi par une immense foule qui fait face à une barrière humaine de casques bleus. Pas de bousculade ni empoignade. Pas d’utilisation de canon à eau ni de gaz lacrymogène. L’unique incident vite maîtrisé par la foule même, c’est une provocation d’un jeune manifestant à l’égard d’un autre non moins jeune agent anti- émeute ayant perdu son sang-froid. Le mot magique de « selmya » fait encore son effet, au bonheur sans doute des deux parties qui se tenaient face à face pendant près de 1 heure 30. Les gorges chaudes ont crié et chantés leur colère et leur hostilité à l’égard de cette élection du « 12.12 » tant controversée par au moins une partie estimable du peuple. Selon les résultats officiels, près de 59 % des électeurs n’auraient pas fait le déplacement aux urnes. Au crépuscule annonciateur du rude froid sétifien, la foule de manifestants s’effiloche et perd vite de son volume : les gens rentrent chez eux. C’est le moment propice pour faire le plein des paniers à salade. On parle de plusieurs manifestants arrêtés en soirée sans que l’on puisse le confirmer.
H. ZITOUNI


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