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Le 114 ème vendredi du hirak à Sétif : Ardeur et mordant malgré le jeûne

dimanche 25 avril 2021, écrit par : Hamoud ZITOUNI

Belle journée ensoleillée à la douceur printanière de ce vendredi 23 avril 2021. C’est aussi le 11 ème jour du Ramadan, mois de jeûne et de piété mais aussi mois de consommation sans retenue. Sur les étals des marchés les prix flambent et des denrées essentielles se font rares. Pratiques de spéculations réitérées depuis la nuit des temps. La pauvreté se cache pour préserver sa dignité tandis que l’opulence douteuse s’affiche dépensière et indécente. Pourtant, les actes citoyens de solidarité sont là, discrets, sans flonflons ni tralala. Pour cause de covid 19, la grande guitoune blanche dédiée à l’iftar (rupture du jeûne) des passagers et nécessiteux a disparu.
C’est dans cette ambiance morose et contrastée que se tiennent les manifestations du hirak pour « vendredire ». Dès 14 heures et malgré la pénibilité du jeûne qui se fait sentir, le centre ville de Sétif grouille de monde. Sans tarder, la foule nombreuse composée d’hommes et de femmes de tout âge, en très grande partie des habitués du hirak, forme ses rangs pour entamer sa marche habituelle. L’emblème national et la bannière berbère flottant aux dessus des têtes ou noués sur les épaules, la procession prend la direction de l’est en empruntant l’avenue du 1er novembre jusqu’à la rue de la gare où elle retourne sur ses pas jusqu’au siège de la wilaya. Devant l’entrée de l’hôtel préfectoral protégé par un peloton de police anti-émeute les manifestants procèdent comme de coutume à une halte d’un quart d’heure pour faire entendre leur voix aux représentant de l’Etat central. Les slogans sont nombreux, aussi tranchants qu’acides. La vox populi ne fait pas dans la dentelle devant les cas d’abus de pouvoir et de la violence avérés ou non. Alors que l’on vient de commémorer le sanglant second printemps berbère (128 morts), le hirak ressort les slogans « Pouvoir assassin » et « Attoulgou el massadjine. Ma baouche el cocaïne » (Libérez les détenus. Ils n’ont pas vendu de la cocaïne). Optant pour un circuit court à cause du jeûne, les marcheurs font entendre leur voix successivement sur l‘avenue du 8 mai 45 en passant par Ain Fouara, le boulevard Cheikh Laifa, le tunnel de Bab Biskra et retour au point de départ. Par une dizaine de slogans les uns plus radicaux que les autres, les hirakistes fustigent tour à tour le pouvoir politique et sa clientèle, les tentatives de diabolisation et de division du hirak ainsi que le projet de législatives prévues le 21 juin prochain. On y égratigne la France pour son supposé appui au pouvoir et on raille les Emirats, autres présumés soutiens du régime en place : « Dirou lintikhabat fel imarat » (Faites les élections aux Emirats). La marche, toujours pacifique, s’est déroulée sans encombre ni incident hormis une tentative avortée de provocation au tout début du rassemblement devant la poste. Par contre, alors qu’on parle d’un possible rebond du covid 19, très peu de manifestants portent les masques préventifs et la distanciation humaine est soumise à rude épreuve. Au moment le plus fort de la marche contestataire, on peut estimer le nombre de manifestants à près de 1500. Les hirakistes ne semblent pas perdre ni de leur mordant ni de leur ardeur. Seront-ils entendus ? Il est probablement plus que temps de se parler, de s’écouter et de s’entendre pour sauver la nation de très sérieuses difficultés. Seuls des gestes forts de la puissance publique peuvent y aider.
Hamoud ZITOUNI


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