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Le 108ème vendredi du hirak à Sétif : Cool !

samedi 13 mars 2021, écrit par : Hamoud ZITOUNI

Temps printanier en ce vendredi 12 mars 2021.Un ciel bleu et 16 degrés au thermomètre. Cela invite au farniente ou à la promenade champêtre en dégustant les délicieux « bradjs » annonciateurs de l’arrivée de la belle saison. Pourtant, il en est autrement au centre ville de Sétif grouillant de monde. En début d’après midi, un essaim humain se forme rapidement près de la mythique « Ain Mzabi » (fontaine du Mozabite). On y distribue des roses à la gente féminine encore peu nombreuse à ce moment. Très délicate intention à l’égard des femmes qui viennent de célébrer la journée internationale de la lutte des femmes pour l’égalité en droits humains. Le hirak roule-t-il vraiment pour l’ « islamisme obscurantiste et totalitaire » ? A la même époque de l’année 2020, avant que le hirak ne suspende ses marches, les manifestantes ont eu droit à des petits bouquets parfumés de jonquille (« belliri ») emblématique de la région.
Une fois ayant suffisamment nombreux – près de 500 personnes – les manifestants du hirak se mettent en marche vers la wilaya. Le grand bâtiment est, comme le précédent vendredi, bardé d’un peloton anti-émeute et de fourgons bleus. Les éléments anti-émeutiers, lourdement harnachés de leur impressionnant équipement, semblent peu menaçants et même détendus. Leurs chefs, talkie walkie en main, regard inexpressif, ont l’œil vigilant. Mais le hirak, tenant à sa « sylmia » comme la prunelle des yeux, depuis son apparition en février 2019 et malgré les provocations de « baltagia » (nervis) et d’arrestations dans ses rangs, a fait preuve d’une retenue remarquable. Hormis la verdeur de leurs slogans, les manifestants du hirak à Sétif n’ont jamais fait de violence ou de vandalisme vis-à-vis de qui ce soit. Mais, ce vendredi, la verdeur des mots a été encore plus prononcée. Elle peut être comprise comme une espèce de forte indignation à l’égard des violences qui seraient faites à des détenus activistes du hirak à Sétif ou ailleurs, au retour de partis politiques de la « sainte alliance présidentielle » discrédités et honnis par le peuple lambda alors que leurs chefs sont incarcérés et jugés pour des faits graves de corruption et de dilapidation de biens publics. Les hirakistes affichent une extrême irritation contre l’autisme qu’ils attribuent à la gouvernance et les signes de remise en selle d’anciennes figures politiques discréditées. La halte devant le siège de la wilaya ne durera pas plus d’un quart heure et la foule qui s’est décuplée en nombre reprend sa marche sur la ville en empruntant l’ itinéraire du précédent vendredi.
Durant près de 2 heures, la marche du hirak aura agrégé entre 2000 et 2500 manifestants dont pas loin d’une centaine de femmes. Tous et toutes, jeunes et séniors se distinguent par leur condition modeste. Les plus jeunes, malgré le désarroi et parfois la colère qui transparaissent sur leurs visages et leurs voix, semblent porter avec ardeur une forte espérance sur leur combat pacifique. Mais le hirak, mouvement sans affiliation politique particulière, rassembleur, fédérateur, quasi libertaire et sans dirigeants ni représentants – peut-il y en avoir ? – ou prétendument « miné par des forces anti-nationales » est-il capable de porter à lui seul le combat qu’il s’est assigné ?

Hamoud ZITOUNI


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