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Le 53 ème vendredi de la contestation populaire à Sétif. Un an déjà

lundi 24 février 2020, écrit par : Hamoud ZITOUNI

En ce 21 février 2020, redoutablement sec, sans le moindre nuage (Il n’a pas plu une seule goutte d’eau depuis près de 2 mois), le hirak est à son 53ème vendredi.
Il boucle avec ferveur sa première année de combat pacifique et tenace. Tout le long de son parcours tout à la fois serein, fougueux, intrépide, surprenant, incontrôlable, franchement coléreux et irrévérencieux parfois (notamment lors d’arrestations ou de maltraitance de ses éléments), sans connaître le moindre dérapage fâcheux, ce mouvement populaire contestataire, inusité de l’Algérie indépendante, a survécu à toutes les tentatives d’intimidation, de récupération, de noyautage, de provocation (Ah ! ces mystérieux baltagias ou nervis disparus à présent), de sape et de discrédit émanant tout aussi bien du pouvoir politique que de supposés opposants, d’appareils médiatiques ou même de milieux occultes de l’argent sale. Il a défié l’usure du temps et la lassitude des cœurs. Par sa composante citoyenne, non partisane et ses revendications claires, intelligibles et fortes, le hirak a drainé des centaines de milliers de citoyens de toute condition sociale (sauf celle des gros nantis) et de tout bord politique (sauf celui de la trahison et de la soumission). Il a résisté également à sa propre implosion du fait des courants politiques pas toujours accommodants qui continuent de le traverser. Il a ainsi forcé l’admiration, sinon la sympathie, le respect et l’intérêt en Algérie et dans le monde. Tout compte fait et contrairement à d’autres endroits du pays, le hirak à Sétif a moins souffert des affres de l’intimidation, de la contrainte, de l’arrestation et de la répression. Arrimé solidement à son caractère pacifique, il n’a jamais été tenté par tout acte incivique. La « selmya » a été jusqu’à présent scrupuleusement respectée. Et même dans ses durs moments de colère, le hirak sétifien se défoulait par la parole irrévérencieuse et parfois crue sans jamais se départir de son pacifisme. En face, sauf dans les rares moments décisifs où ils ont fait montre d’une grande nervosité contre-productive (veille et avant veille du 12 décembre en particulier), les hommes bleus de Sétif sont restés généralement sereins et impassibles devant la foule frondeuse. Et peu de temps a suffi pour que les deux parties apprennent à se connaître et probablement à s’estimer mutuellement. Dans les moments de nervosité intense notamment avec le groupe de « baltagias » ou de colère contre le corps de police, le hirak déployait sa barrière humaine ou ceinturait les manifestants les plus agités pour prévenir tout acte malveillant.

Aujourd’hui pourtant, pour commémorer et non fêter comme dit le slogan « ma djinach nahtaflou djina bach tarehlou » (on n’est pas là pour faire la fête mais pour que vous partiez), le hirak sétifien a rassemblé approximativement 2000 personnes, presque toujours les mêmes. Malgré sa vigueur et sa ténacité, le hirak de la métropole des hauts plateaux de l’est ne semble plus pouvoir mobiliser les 20 à 25000 manifestants de ses moments forts : 22 février, 5 juillet, 1er novembre, le 9 décembre. Essoufflement ? Certainement pas. Mais le fait est là : depuis le 12.12 près de 3 mois plus tard, les rassemblements suivis des marches du vendredi peinent à drainer plus de 3000 personnes. Est-ce à cause de la routine qui s’installe ? Est-ce le manque de visibilité sur l’avenir ? Est-ce la déception ou la lassitude de ne pouvoir voir les résultats immédiats ? Pourtant, à s’y pencher sérieusement, les premiers résultats plus ou moins visibles sont là : le nombre incroyable d’anciens dignitaires du régime en taule, le recul de la peur et de la soumission au dictat, la possibilité d’investir la rue sans sombrer dans l’émeute, la possibilité d’apporter directement la contradiction sur les grandes questions de la nation (sur la gouvernance et le rôle des institutions, sur l’exploitation du gaz de schiste…), le recul des rivalités idéologiques et des préjugés régionalistes, identitaires et culturels. Qui aurait cru qu’un chant zenati de la lointaine Tamentit devienne un slogan « dégagiste » repris par toutes les gorges de Biskra à Sidi Bel Abbés ? Qui aurait cru que la bannière identitaire amazighe flotte aux cotés de l’emblème national indifféremment à Bejaia, Annaba, Oran ou Sétif sans en incommoder personne ? Qui aurait cru que les mêmes slogans et chants fusent des milliers poitrines rassemblées à Tiaret, Khenchela, El Oued, Tlemcen et Constantine ? Qui aurait cru que le citoyen lambda de Mila, Skikda et Relizane manifeste sa désapprobation sur le projet d’exploitation du gaz de schiste et s’inquiète de l’avenir de ses concitoyens du grand sud ? Un jour les chercheurs diront tout sur l’apport du hirak dans le réveil du sentiment citoyen et de la cohésion nationale. Ce que le régime a détruit en plusieurs années, le hirak le reconstruit en quelques mois. Pour l’heure, les quelques milliers de hirakistes de Sétif, comme ceux de l’ensemble du pays, persistent à croire à l’utilité de leur combat pacifique. Ce vendredi « spécial anniversaire », ils ont allègrement marché sur leur itinéraire qui les a conduit vers la cité du 8 mai 1945 via El Ararsa puis vers le centre ville en passant par les boulevard Ibn Sina et la cité des remparts. A Bab Biskra, les manifestants se sont donné immanquablement à cœur joie dans la trémie puis devant le commissariat central. Ils ont parcouru le restant de leur périple sans aucun incident pour rompre les rangs devant leur point de rassemblement habituel en s’invitant à un rassemblement commémoratif pour le lendemain, samedi 22 février au même endroit. Une bien curieuse chose m’a quelque peu intrigué sinon inquiété : la présence de 2 drapeaux noirs sans inscription apparente. Je n’ai eu droit à aucune explication claire sur cette apparition inusitée à ce jour. Mimétisme naïf et maladroit ? Désir puéril de provocation ? J’ai tenu à rappeler discrètement aux jeunes hirakistes que l’étendard noir a été le symbole du mouvement anarchiste du siècle dernier mais aussi celui de la criminelle organisation de Daech. Avec leur jovialité habituelle, ils m’ont promis d’y remédier.

H.ZITOUNI


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