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Délinquence à Sétif : Autres temps, autre délinquance

jeudi 2 novembre 2006, écrit par : Z.S. Loutari, Le Quotidien d’Oran, mis en ligne par : Nabil Foudi

Le phénomène de la criminalité lié, d’une part, à la multiplication de la population juvénile et sa forte concentration dans les milieux urbains (analyse faite sur la base du bilan des 5 dernières années par la DGSN) et de l’autre aux mutations sociales qui se sont traduites par des changements dans le comportement individuel au sein de la société sétifienne, a enregistré une régression durant le mois du carême de cette année par rapport à celui de l’an dernier. Cette conclusion, rendue publique lors d’une conférence de presse tenue au siège de la sûreté de la wilaya de Sétif, s’explique selon le commissaire chargé de la police judiciaire par les efforts déployés dès le début de ce mois sacré durant lequel les délits atteignent couramment le niveau le plus élevé. Plus de 700 agents de police ont été mobilisés de manière ininterrompue notamment dans les quartiers chauds et les lieux publics. L’analyse des données communiquées révèle que les vols, les agressions et le trafic de stupéfiants demeurent les fléaux les plus courants et touchent en général la masse juvénile. 498 affaires ont été enregistrées ce dernier mois de carême contre 562 comptabilisées durant celui de l’an dernier. 319 personnes ont été inculpées. Paradoxalement, les affaires liées aux moeurs ont enregistré pour leur part une nette progression comparativement aux années précédentes impliquant des jeunes adolescents des deux sexes. Celles-ci portent en particulier sur des cas d’attentat à la pudeur, d’incitation à la débauche et de proxénétisme. Près de 37 affaires ont été traitées durant le mois de Ramadhan, c’est-à-dire en moyenne une affaire par jour.

Le phénomène de vol à la tire qui s’accentue de manière inquiétante d’année en année semble attirer davantage des jeunes désoeuvrés agissant sous l’effet des psychotropes. Ce type de vol ne nécessitant en général aucune préparation préalable devient une pratique facile aux yeux de ses auteurs. La technique utilisée dans ce domaine consiste simplement à prendre la victime au dépourvu et d’exploiter le fait de la surprise. Les téléphones mobiles et les sacs à main et autres objets apparents chez les victimes sont les plus ciblés par ce type de vol qui implique souvent un jeu de complicité entre jeunes délinquants qui agissent le plus souvent en groupe.

Lors de cette rencontre avec la presse locale, le chef de la sûreté de la wilaya de Sétif a indiqué que les délinquants s’initient de plus en plus au mode sicilien dans la délinquance en utilisant des moyens mécaniques tels les motocycles dans leurs forfaits. « Les motocycles procurent une facilité d’escapade notamment lorsque les délits sont commis dans les artères à forte circulation », argumentera le chef de la sûreté soulignant que pour lutter contre ce type de vol, la DGSN a procédé à l’équipement de chaque sûreté urbaine de motos de sorte à doter les services de la police de nouveaux moyens.

D’après le chef de la sûreté, 311 affaires liées à des délits d’atteinte aux biens ont été enregistrées contre 175 délits liés à des atteintes aux personnes marquant ainsi une diminution par rapport au bilan du Ramadhan de l’année écoulée. « Nous avons enregistré une amélioration des conditions sécuritaires grâce à la mise en oeuvre d’un plan permanent de vigilance notamment dans les zones classées sensibles ». A cet effet, précisera le chef de la sûreté de la wilaya, des descentes systématiques ont été opérées dans les quartiers dits chauds, tels les quartiers de la cité d’El-Hidhab, la cité des 1014 logements, le souk Abbacha, le périmètre des abattoirs, les gares ferroviaire et routière ainsi que la place du marché couvert.

Interrogé sur la question de la délinquance, un enseignant en sociologie qui préside un projet de recherche sur la question de la criminalité et de la délinquance dans les centres urbains a tenu à préciser que l’interpénétration des effets des cultures occidentales avec ceux de notre société a provoqué un phénomène d’éloignement par rapport au repère social et partant une sorte d’effritement de la société. « La baisse du niveau de vie et l’accentuation du chômage ne sont pas les seules causes qui incitent à la délinquance. L’altération des rapports entre les individus de la société et l’atténuation de l’esprit communautaire, synonyme d’un acte de démission collective, en sont une autre cause », dira le chercheur. Et de préciser que la méthode répressive ne suffit pas à elle seule à dissuader la délinquance, « si celle-ci n’est pas accompagnée par des approches destinées à faire re-concentrer l’énergie vitale de chaque individu de la société autour d’un ensemble de principes servant de code cadre que tout un chacun se doit de respecter, et si des stratégies de réinsertion ne sont pas mises en oeuvre ». « L’expansion de nos centres urbains qu’a favorisée l’exode massif vers les grandes agglomérations qui a atteint son pic durant la dernière décennie a eu un impact négatif sur le comportement des individus dans le système de relations communautaires », précisera le sociologue. Et d’ajouter : « L’apparition des classes sociales nées sous les influences des nouvelles conditions économiques a conduit à un déséquilibre social, lequel alimente et favorise la délinquance devant l’absence, par ailleurs, de plan d’actions préventives ». Selon les données de la recherche orchestrée par le sociologue et son équipe, la wilaya de Sétif se positionne au quatrième rang après Alger, Annaba et Constantine en matière de délinquance.

Zacharie S.Loutari
Le Quotidien d’Oran


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