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La sagesse des anciens est toujours là !

mardi 10 juin 2008, écrit par : Z. S. Loutari, Le Quotidien d’Oran, mis en ligne par : Boutebna N.

a pratique du principe de la participation communautaire a, de tout temps, stigmatisé le système relationnel entre les groupements de familles vivant dans les douars et les mechtas de Draâ Kbila. Les questions de développement et les décisions ayant trait aux sujets d’intérêt général impliquent les chefs de toutes les familles et personne ne peut se dérober des décisions prises lors des réunions qui se tiennent à la place de la Djamaâ, endroit de rencontre situé en haut d’un talus surplombant le pâté de maisons du village où a été édifié une sorte de forum du style romain, en pierres taillées.

Les cheikhs de chaque douar, personnages hautement considérés, procèdent avant chaque réunion à l’élection d’un président du conseil auquel reviendra le dernier mot.

Souvent c’est Mouloud, un septuagénaire connu de tous et très respecté, qui est élu à la tête du conseil. Peu bavard, très éloquent, le vieux Mouloud est réputé pour sa grande sagesse et sa droiture inaltérable. Il a la réputation d’avoir arbitré dans des grands conflits ayant opposé les populations de plusieurs villages. Les réunions se tiennent d’habitude après la prière du vendredi. Au cours de ces rassemblements ont traite des sujets de développement ou de problèmes qui touchent les habitants de la communauté. Lorsqu’il s’agit de réalisation d’un projet d’intérêt général, telles la mise en place d’un réseau d’assainissement, l’adduction à l’eau potable, la construction d’une demeure à l’un des plus démunis ou encore l’exécution d’une campagne de travail de la terre, Mouloud choisit les priorités et le travail, enfin, se fait grâce aux apports de chaque famille tant du point de vue financier que de la main-d’oeuvre à faire participer. Et quiconque faillit aux décisions prises se voit infligé une amende et risque d’être mis en quarantaine.

Au fait, les touiza sont de ces pratiques que le temps n’a pu effacer des traditions de ces populations très unies. Lorsqu’il s’agit de règlement de cas de litige le vieux Mouloud désigne trois conseillers choisis parmi les plus sages du collège et l’arbitrage se déroule souvent dans la sérénité et l’acceptation des décisions prises en faveur des parties en litige. Cette logique communautaire implique que chaque responsable de famille se doit de donner une saine image de lui-même, un minimum de crédibilité et d’honnêteté devient un enjeu de survie aux yeux de la Djamaâ. Récemment, un conflit ayant opposé la tribu des Aït Izountar à celle des Ziani, pour une question d’exploitation des eaux d’un oued pour l’irrigation de leurs terres, conflit ayant failli tourner au drame, a trouvé une solution équitable et de surcroît bénéfique pour les deux parties, après la réunion du collège des sages. Le vieux Mouloud a décidé alors de dresser un calendrier d’utilisation des eaux de l’oued qui permet son exploitation de manière alternative. Le cas du divorce du jeune Nabil avec une femme d’un village voisin a été évité grâce à la sagesse de Mouloud et de ces trois conseillers qui, à l’unanimité, ont décidé d’organiser une touiza pour le financement de la construction d’une maison pour le jeune couple à l’écart de leurs parents.

Les règlements des conflits au sein de la Djamaâ possèdent ce double avantage de réconcilier les parties du litige et d’éviter d’installer la haine dans le coeur des plaignants.


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