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Des devises à la criée aux usuriers milliardaires

lundi 21 juillet 2008, écrit par : Zacharie S. Loutarie, Le Quotidien d’Oran, mis en ligne par : Boutebna N.

entable à tout point de vue, et de surcroît très prospère, le marché du change parallèle a fini par prendre le pas sur tous les autres types de transactions légales. A de rares exceptions formées des habitués du transfert illicite de la monnaie via les frontières terrestres, maritimes et aériennes, le change parallèle n’intéresse plus uniquement les voyageurs ou les immigrés dans le besoin urgent de liquidité étrangère ou nationale.

Les rues Bab Biskra, à Sétif, et la périphérie du marché couvert de la ville d’El-Eulma sont les points de chute par excellence des « échangeurs ». Deux lieux que les « gros clients » évitent, privilégiant l’anonymat des contacts téléphoniques et les rendez-vous dans les magasins ou appartements « sûrs ». Quotidiennement, l’équivalent de 500 millions de dinars change de mains dans un sens comme dans l’autre. Cette masse importante de billets de banque était 2 fois moins importante les années précédentes où pas seulement l’euro, malgré sa baisse, constituait la monnaie la plus privilégiée. Région désormais phare du trafic de la devise à grande et petite échelle, Sétif compte quelque 460 « cambistes » qui n’ont d’autres intérêts que de suivre régulièrement le cours des changes. En contrepartie, d’une commission calculée en fonction de l’importance de l’opération de change, ils squattent, liasses de billets de banque et portable en main, le boulevard de Bab Biskra à quelques mètres. Les cambistes, qui ne craignent aucun contrôle, harcèlent les passants brandissant les billets. A vrai dire, leurs pourvoyeurs n’apparaissent pas et ne se montrent pas en public. Dans ces lieux, situés au plein coeur de la ville de Sétif, se côtoient le plus normalement du monde des gens de tous les horizons. C’est aussi le lieu de rendez-vous des usuriers tout aussi riches et avides que les gros bonnets du marché parallèle de la devise. En effet, le prêt de l’usurier est accordé au taux d’intérêt de 30%. Le bénéficiaire doit préalablement se soumettre à des conditions draconiennes inscrites sur contrat et d’hypothéquer un bien dont la valeur est évaluée au prorata du montant du prêt engagé. Selon des témoins, ils ne seraient pas moins d’une dizaines de personnes à avoir perdu leurs maisons dans ce système illégal de prêt d’argent. « Ces usuriers prêtent des sommes de plusieurs milliards à ceux dans le besoin pour peu qu’ils présentent de solides garanties », affirme un cambiste. Pour notre interlocuteur, le rôle qu’il joue en tant que cambiste le rend quelque part « utile à la société ». Un autre avoue récolter une moyenne de 600 à 1.200 DA par jour, de quoi, dira-t-il, faire vivre toute une famille. Mais aussi alléchant qu’il puisse paraître, le métier de cambiste ambulant n’est pas toujours de tout repos. « On peut se faire agresser en rentrant au quartier. Moi, j’habite à la cité des 1014 logts.

C’est tous les jours la crainte de faire le trajet, même avec de petites sommes d’argent », dira un autre cambiste avouant ne point pouvoir faire autre chose : « vous savez, de nos jours, un emploi ça ne court pas les rues, il faut avoir du piston... » dira-t-il.

Le marché parallèle des devises est un bel exemple de mixité sociale. Il génère toutes sortes de profils sociaux. Les particuliers riches ou moins riches, les voyageurs, les touristes étrangers, les émigrés, les clandestins travailleurs au noir qui envoient leurs économies en Afrique subsaharienne.

Bref, tous recourent aux devises au noir. De l’autre côté, des observateurs considèrent, non sans conviction, que la prolifération du trafic du change a, pour cause directe, l’extension des réseaux de l’import-import.


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