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De l’anarchie au brouhaha urbain

Par Toufik Hedna
vendredi 28 avril 2006, écrit par : Sétif Info, mis en ligne par : Boutebna N.

Depuis fort longtemps le patrimoine urbain sétifien est assujetti à une dégradation continuel sans que personne ne soulève le problème de sa sécurité, de son entretien ni même d’une prise de conscience générale de la valeur de mémoire, un point essentiel pour tout développement ou volonté de développement civilisateur .

C’est à Sétif que j’ai appris l’histoire de l’architecture et l’histoire de l‘urbanisme. De la préhistoire, les romains, berbères, arabes, musulmans, à la période contemporaine, celles de l’architecte Ouahid Ben Belkacem. Une vision d’un trésor qui m’a renforcé dans ma conviction de sa rareté à l’étranger. Je dois ma formation à cet ensemble historique qui m’a permis d’afficher ma fierté, « ma sétifianité » . Qu’a-t-on rajouté depuis ? La désolation.

Et il est temps de stopper cette hémorragie forte d’une insouciance totale voir une inconscience de la part des pouvoirs publics, et de la société civile à travers ses associations. Sétif se vide de son trésor matériel, le pire sous les yeux de ses propres citoyens surtout intellectuels.

On ne peut laisser le soin à une seule structure de préserver ou faire semblant de préserver, si derrière il n’y a pas un travail détaillé, qui nous évite pas mal de désagrément tel que le blâme que les sétifiens ont reçu de l’UNESCO, dans les années 80, lors de l’enfouissement d’une partie des ruines romaines après un travail considérable de nos archéologues, pour accueillir l’actuel parc d’attraction. Suivi du transfert de l’institut d’archéologie vers Constantine.

Le pire arriva avec le bétonnage massif sur ce site, le projet d’un amphithéâtre en plein air qui n’a jamais vu le jour, du côté nord, sauf pour laisser la place à un tassement de baraques, le projet d’une tour d’affaires en une structure en béton, côté sud, amputant une partie du mur d’enceinte datant de l’époque romaine. Laissant la place à un paysage de désolation et de honte.

La politique de logements facteur de destruction

Le pire c’est que ce bétonnage se poursuit en dehors des frontières du centre historique, pour la seule politique de logements, c’est un des facteurs de sa destruction. La ville de Sétif ne se reconnaît plus. On assiste ces dernières années à une superposition de parties anarchiquement déposé de quartiers de tours de logements avec des espaces libres sans que personnes ne se soucie de la qualité de l’espace urbain.

Ni l’urbaniste ni l’architecte ne se retrouve dans ce brouhaha urbain, d’anarchie urbaine. Les concepteurs d’une partie de la ville se sont donné à cœur joie pour la dénaturer en toute impunité : une partie de la cité Dallas conçue par un fantasme d’une règle appelé le Perroquet (utilisé pour tracé des courbes), une forêt et des places, disparaissent pour des immeubles d’habitation, des équipements culturels pour des centres commerciaux...etc.

L’appropriation égoiste des lieux

La liste est longue. A ce no-man-law, s’ajoute l’appropriation égoïste des biens. Le logement livré, le paysage se dégrade les gens se permettent de défigurer l’œuvre de l’architecte, sans que celui-ci ne se manifeste, pour imposer sa vision de son logement, par des grilles, des barbelés, et tôles, pour s’approprier l’espace publics. On ne comprend pas les attributs des organismes de logements. Ni même la nature foncière de ce logement, les logements sociaux attribués sont-ils des propriétés privés ? Et s’ils le sont, pourquoi autorise t-on la défiguration de la façade, de l’espace publique. Est-ce l’utilisateur qui impose son utilisation ou bien le législateur ?

La ville ne peut se faire sans les spécialistes

Il est temps de faire évoluer la pensée de nos architectes urbanistes et futurs architectes urbanistes. Et peut-être futurs décideurs. Il est vrai que depuis des décennies pas mal de charlatans que se soient des décideurs ou de simples techniciens de l’urbanisme se sont approprié la vérité et la parole pour décider du devenir de nos cités, mais hélas, combien de destructions et de gâchis ont suivi, alors que la solution était au seuil de leur portes : des spécialistes en la matière, et un patrimoine culturel, une source d’inspiration sans équivoque une ressource inépuisable pour ceux qui savent.

Le premier constat à développer est que l’architecture est avant tout urbaine, on ne peut dissocier les deux. Il y a du détail de l’escalier, à celui de la composition de la façade à celui de l’animation formelle de la rue, et par conséquent de la ville.
Etudier les phénomènes sociaux urbains se font avec la ville, étudier la ville peut se faire sans les phénomènes urbains. Un exemple la ville de Djemila même en ruine me donne plus de plaisir à l’étude, une sensation de bien être qu’une ville proche de Sétif par exemple.

Le deuxième constat, deux éléments ont bouleversé notre vie quotidienne et surtout le devenir de la ville, à savoir le développement des moyens de transport, et le progrès technologique du matériaux de construction. D’où l’apparition de la Méga ville, le premier nous a complètement changé nos habitudes urbaines, nos architectes et urbanistes préfèrent la vue d’avions, l’élargissement des rues, l’aménagement des parkings, la distance de marche remplacé par la distance parcourue par voiture, d’où l’apparition d’un autre grand problème urbain le zoning et la spécialisation des espaces. Le second, le béton armé et la structure métallique , ont favorisé l’extension des espaces internes, l’architecture est devenue la spécialité des techniciens du bâtiment, le détail architectural disparaît avec le détail de la soudure et la dimension du boulon...etc.

L’humain est écrasé par la mégastructure, la noblesse des matériaux durables tel que la brique et la pierre associé au travail du bois est remplacé par la rouille du métal. L’œuvre architecturale et urbaine écrase l’humain. Si nos vieilles villes ont conservé cette aspect harmonieux et humains qu’on aime tant c’est parce que les bâtiments étaient construits selon la longueur des troncs d’arbre, du palmier dans nos désert, et que les rues étaient estimés selon le passage d’un âne, d’un chameau, les moyens de transport.

Dans ma thèse « learning from M’zab » j’ai pu constaté que même la taille des anciennes villes du M’zab ne dépasse pas une certaine distance de marche à pied qui est de dix minutes, l’équivalent de 800 m. D’où l’utilité de developper de tels moyens de mesures afin de cerner la ville. La question que nous devrions nous poser est : Que se passera t-il de tous ces aménagements pour la voiture si ce moyen de transport disparaît et sera remplacé par un objet volant ? Quels seront alors nos aménagements futurs ? Comment seront nos œuvres si des progrès touchent le matériau de construction ?

Le troisième constat est l’absence d’un modèle urbain local développé à partir d’expériences traditionnelles, et de génie personnel local. L’architecture urbaine de Sétif ne peut s’appliquer à celle de Constantine ni celle d’Alger. Il est important que l’architecte urbain comprenne la nécessité d’une création propre au lieu d’un plagiat du modèle urbain occidental avec ces espaces grands ouverts appliqués dans des pays en voie de développement comme l’Algérie.

Revenons à notre position théorique,l’architecture est avant tout urbaine et l’urbain est architectural. Le premier mal réside en l’absence de lien entre architecture et urbanisme et aménagement du territoire. Si ce dernier relève de la géographie, les deux premiers ne peuvent être séparés. L’architecture est urbaine, L’urbanisme est architectural. Le deuxième mal réside dans la définition de l’architecture urbaine, de l’architecture et de l’urbanisme. L’architecture urbaine est avant tout le plaisir de transformer un espace en un lieu. Donc il s’agit avant tout d’une composition urbaine. Donc de l’imagination et de la qualité du concepteur à produire une forme. « le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière » Le Corbusier.

La forme, création esthétique, est considérée comme la production supérieure de l’esprit humain. Deux facteurs influencent cette création les facteurs spontanés, qui privilégient le rôle de l’inspiration du rêve, de l’intuition. C’est une activité de l’inconscient. Et les facteurs volontaires, une création disciplinée et par conséquent technique, une imitation ou copie de la nature, l’exemple du stade de Munich, une imitation de la toile d’araignée. D’une œuvre architecturale ou urbaine, le premier contact visuel n’est autre que la forme du gabarit. D’où notre obstination théorique que la forme est le critère de base dans toutes interventions architecturales ou urbaines.

TOUFIK HEDNA


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2 commentaire(s) publié(s)
Alex Gerber :
Bonjour, Votre thèse dont le titre paraphrase le postulat de Robert Venturi de 1972 (Learning from Las Vegas), me fait supposer que mon ami Fayçal Ouaret vous a fait lire ma thèse (L’Algérie de LC. Les voyages de 1931) où il s’agissait pour moi de démontrer à quel point il a été marqué - après une longue période d’incubation, comme disait Maisonseul - par ses trois visites du M’Zab, en 1931. 1933 et 1938, mais aussi par la Casbah d’Alger. Si oui, que pensez vous de mes petites recherches patientes sur un thème qui m’est chère, car j’aime l’Algérie ! Avec mes salutations cordiales Alex Gerber , Viktoriastr.45 CH-3013 BERNE

Réponse de mounir :

votre thèse est magnifique et juste. Je te remercie de ce travail que je garde soigneusement comme support de mes travaux sur le mzab.

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