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L’Unac en force pour la célébration du 60e anniversaire du 8 Mai 1945

Ce diapason qui nous vient de Sétif
mardi 17 mai 2005, écrit par : Nabil Foudi

Devant cet engouement populaire sans précédent, les services de la wilaya ont décidé de prolonger cette manifestation culturelle d’une semaine.
Un événement artistique sans précédent à Sétif
Les Sétifiens se souviendront longtemps de cet événement dont l’ampleur a surpris plus d’un tant par le nombre d’exposants que par la qualité des artistes et la variété des expressions. Il faut dire que l’espace mis à disposition par la wilaya revêt une grande symbolique puisqu’il s’agit d’anciennes galeries commerciales (grande surface) ayant appartenu à l’organisme public qui gérait ce genre d’activité du temps de l’Etat providence. Au lieu de les laisser sombrer dans une friche fantomatique d’un âge révolu, les festivités du 60e anniversaire du 8 Mai 45 les ont rénovées et les ont destinées à recevoir l’exposition d’arts plastiques, l’une des principales séquences du riche programme concocté à cet effet. La situation centrale et l’architecture prestigieuse (style 1930-40), la surface disponible (plus de 1 000 m2 sur deux étages) ont été pour beaucoup dans le succès de cette manifestation inaugurée dans l’après-midi du 8 Mai par M. Cherif-Abbas, ministre des Moudjahidine entouré de M. Yahia Guidoum, ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Nouredine Bedoui, wali de Sétif, ainsi que des autorités et élus locaux.
Une « Galerie 45 » ?
Cet espace, auquel siérait le nom de « Galerie 45 » nous semble être un pendant pertinent à la « Galerie 54 » ouverte récemment à Alger (Citadelle). Reste cependant à savoir si les autorités compétentes sont prêtes à sauter le pas et à lui donner le statut officiel (et donc permanent) qu’elle requiert et que requiert une ville comme Sétif.
La scénographie déclinée, pour l’accrochage des œuvres, par M. Arroussi, commissaire de l’exposition, et M. Guedjati, son adjoint (peintre animateur de la section Unac de Sétif), aidés en cela par plusieurs peintres présentes, a permis de mettre en cimaise, de manière très professionnelle, les quelque 250 œuvres de 70 artistes représentants de 15 wilayas dont plus de la moitié étaient présents. Les œuvres des artistes les plus en vue ont été exposées au rez-de-chaussée, tandis que les autres garnissaient le 1er étage. Etaient notamment mis en exergue les travaux de M. Adane, S. Hioun, L. Hakkar, M. Massen, A. Arroussi, N. Chegrane, A. Ghedjati, R. Mahdjoubi, Tabrha, B. Merdoukh, Aïcha Haddad, Z. Kaci entre autres.
Les styles les plus divers (Guedouchi, Zahaf) jusqu’à l’hyperréalisme revisité à sa manière par Chaâbni, en passant par le matiérisme d’Aïcha Haddad et Kissarli, le cubisme conjugué par Zerarti, les collages d’Arroussi, les assemblages de Massen, la déclinaison du signe de Chegrane, l’identitarisme de Hakkar, l’expressionnisme de Ghedjati et d’Abdellaoui, l’impressionnisme de Mahdjoubi, le pointillisme de Ghemari, l’émail sur cuivre d’Adane.
De la présentation kaléidoscopique de ce sampler de la peinture actuelle, nous avons pu retenir les noms de jeunes talents dignes d’être suivis comme Benbouta (identitaire, matière et support), A. Bounoua (peinture sur et sous verre de motifs miniaturisés), Rediza (peinture numérique), Khitous (composition à base de signes et de motifs archétypaux polymorphes en all-over), H. Hadjrasse (expressionnisme figuratif).
Des surgeons
à promouvoir
Ces jeunes peintres dérivant dans l’Algérie profonde ont été détectés à l’occasion de l’opportunité de cette manifestation officielle qu’ils ont pu saisir. Les médias, notamment la presse écrite, doivent leur accorder l’attention qu’ils requièrent et méritent. Les instances compétentes doivent, de leur côté, les encourager par l’aide à la création (prodiguée dans tous les pays du monde). La commémoration du 60e anniversaire du 8 Mai 45 est un exemple à suivre dans d’autres régions pour permettre de révéler et mettre ces surgeons sur l’orbite de la création. Car il existe d’innombrables talents cachés qui, parfois, sont mieux connus à l’étranger que dans leur propre pays comme c’est le cas du Sétifien A. Ghedjati, très connu à Paris et en Bretagne.
La galerie « Sétifen » de A. Ghedjati
A. Ghedjati, artiste prolifique, a produit de nombreuses œuvres tant durant ses séjours en France (où il les a toutes vendues) qu’à Sétif où elles garnissent les intérieurs de beaucoup de ses admirateurs. Peintre atypique, il vient de casser sa tire-lire pour louer un local au centre-ville où il a installé son atelier jumelé à une galerie attenante qu’il met à la disposition des plasticiens de Sétif et d’ailleurs. Il vient de la baptiser « Sétifen » (hybride de Sétif et de fen), nom que nous avons eu le plaisir de lui suggérer et qu’il a adopté de bonne grâce. C’est là un exemple à méditer et qui devrait faire des émules à travers le territoire national. Il faudrait, en effet, se rendre à l’évidence que l’artiste doit se départir de toute mentalité d’assisté et gagner la place qui lui revient dans la cité où il doit devenir un acteur économique et social et non pas un cas social (comme c’est assez souvent le cas malheureusement).
Patrimoine
et authenticité
Le 9 août a été consacré à des conférences tenues à la Maison de la culture qui ont vu intervenir des membres de l’Union des écrivains de Sétif (Rabitat ahl al kalam), ainsi que l’écrivain Bahri Hamdi (wilaya de Bouira) dans un hommage rendu à Ahmed Drif. L’auteur de ces lignes a fait une intervention sur « La condition de l’artiste algérien ». Le tout a été animé par Azeddine Jlaouti.
Ce melting-pot original, où arabisants et francisant se sont rencontrés et ont conjugué leurs différences dans une ambiance de franche convivialité, a permis à chacun de s’enrichir de la culture de l’autre, une manière comme une autre de cultiver la tolérance et la complémentarité.
De « La Chaouia »
de Hakkara
à « L’enlèvement d’Europe »
Durant la journée du 10 mai, laissant « La Galerie 45 » et leurs œuvres à la délectation des visiteurs, toujours aussi boiteux, les artistes ont été invités à une plongée dans l’histoire en allant admirer le site sublimissime de Djemila (antique Cuicul) très bel exemple d’urbanisme romain, à son apogée au IIIe siècle, et son musée qui s’enorgueillit de posséder de fabuleuses mosaïques impressionnantes par leur surface et leur bon état de conservation. L’une d’elles représente une fresque relatant « L’enlèvement d’Europe par Zeus ». (Dans la mythologie grecque, Zeus, assimilé par les Romains à Jupiter, Dieu du ciel et maître des dieux, métamorphosé en taureau blanc, enleva Europe et la conduisit en Crète où elle devint mère de Minos).
Le musée possède également des collections très significatives et rares de bijoux, de verres, d’outils en fer et en bronze, d’armes, de poteries et de statues en marbre. Il souffre malheureusement d’une insuffisance dramatique de personnel d’encadrement et de surveillance qui fait craindre le pire pour un patrimoine aussi riche.
Le lancinement
du diapason
Ce salon d’arts plastiques a été officiellement clôturé le 10 mai par le wali de Sétif, M. Nouredine Bedoui, et des représentants des autorités et élus locaux qui se sont fait un plaisir d’honorer tous les participants et de décerner des prix aux trois lauréats du concours des meilleures œuvres de jeunes talents (répondant à la thématique du 8 Mai 45). Eurent ainsi primées les œuvres d’Ismaïl Oubah (wilaya de Djelfa), Redha Boudhina (wilaya de Sétif) et Benzaouche Hacène (daïra de Salah Bey, Sétif).
Ce salon a eu un grand retentissement dans la ville de Sétif et l’engouement manifesté par la population n’a d’égales que l’ardeur et la disponibilité du staff organisateur avec à leur tête M. Mohamed-Boutebane, directeur de la culture de la wilaya, bien secondé par Mme Nadera Khalfi-Zitouni, chef de service arts et lettres. Cet événement spectaculaire a réuni autour des cimaises de la « Galerie 45 » (oserons-nous croire à sa pérennisation ?) des gens de toutes conditions du simple intermittent de l’économie informelle au professeur d’université, de la femme de ménage au vieux fellah « enguennnouré », des écoliers et des lycéens aux étudiants, des touristes nationaux et étrangers, à la vieille moudjahida en melaïa fière de nous préciser qu’elle a payé le 8 Mai 45 de la mort de sept personnes de sa famille. Ce salon a, sans conteste, été d’une grande portée événementielle. Pour les artistes, la chaleur de l’accueil populaire a rendu l’art plus merveilleux, plus beau. Puisse cet exemple servir de diapason pour scander, à travers le pays, la longue marche de la culture qui nous attend.

Mohamed Massen
Artiste plasticien - juriste
La Nouvelle Republique


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