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Vallée Oued Boussellam : Un site en déperdition

dimanche 22 octobre 2006, écrit par : Kamel Benaiche, El Watan, mis en ligne par : Bougaa

La vallée de l’oued Boussellam, une étendue de 15 km entre Fermatou et Mezlou, dont 3 ha se situant à l’intérieur du périmètre urbain, est le réservoir d’oxygène principal pour la ville de Sétif. C’est un milieu écologique très fragile que la croissance urbaine effrénée risque d’anéantir si aucune action n’est prise pour le préserver.

La ville a enjambé la vallée depuis quelque temps déjà puisque la rive Ouest est limitée par le pôle universitaire d’El Bez et Chouf Lekdad (habitat illicite en majorité), sans oublier les moulins si polluants d’Eriad, et la rive Est est limitée par la RN9 et l’université Ferhat Abbas. Les menaces de rejets solides et liquides de part et d’autre par les riverains et la ville sont nombreuses et nécessitent une intervention urgente de la part de tous les acteurs de la ville. La vallée du Boussellam, autrefois lieu de promenades et de loisirs, tend à perdre la densité et la diversité de sa flore. Il ne subsiste des frênes, des ormes et des peupliers blancs victimes d’abattages sauvages que quelques boqueteaux restreints aux berges du lit majeur. Le Franco-Algérien Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion des chances au sein du gouvernement Villepin, n’a pas manqué, lors de la dernière visite à Sétif (1er avril 2006) coïncidant avec l’inauguration de la ligne Sétif-Lyon, de parler de oued Boussellam, qui était dans les années 1970, un haut lieu de villégiature et la « piscine » de prédilection de petits Sétifiens. Hélas, le point d’eau qui est abandonné à un triste sort reçoit les eaux usées en plus de celles déversées directement de Abid Ali, de Gaoua, de Aïn Arnat, de Mahdia, d’El Hassi et de Ras El Ma. De plus, il reçoit les eaux usées de la zone industrielle de Sétif, et des fabricants de revêtement de sol et de tubes d’irrigation qui sont les plus polluants. Faute de traitement fiable, ces industries rejettent dans l’oued des métaux lourds. Par ailleurs, l’oued reçoit au long de son parcours et autant par ruissellement que par infiltration l’excès de pesticides et d’engrais utilisés dans l’agriculture. En l’état, ces eaux sont impropres à l’irrigation et pourtant elles sont allégrement utilisées en saison chaude pour les besoins de la culture des légumes que nous consommons tranquillement, nous exposant ainsi à des risques dont seuls les biologistes peuvent déterminer la gravité. Selon les spécialistes, en l’absence de mesures draconiennes de préservation de l’oued, sa pollution risque de toucher (si cela n’est déjà fait) de manière irréversible la nappe aquifère du plioquaternaire constituant l’unique réserve d’eau pour la région des Hauts-Plateaux. Cet espace, qui est en sus ce paysage empiété, voire menacé, par l’extension des implantations urbaines non planifiées (habitat spontané) et ses effets sur l’activité agricole (cloisonnement de l’espace, pollution), fait l’objet d’une particulière attention des pouvoirs publics et des universitaires qui se penchent sur le sujet. Les architectes Diafat et Madani en parlent. Le projet Vallée de l’oued Boussellam, une symbiose entre l’agriculture et l’urbain, vise, d’une part, à concilier entre l’agriculture et l’extension de la ville tout en préservant un écosystème fragile et typique, et, d’autre part, développer les systèmes de production existants en périphérie de la ville de Sétif, tout en assurant une meilleure insertion de la population de la vallée. Développer la multifonctionnalité de la vallée permet d’assurer un fonctionnement harmonieux. Cet objectif ne peut être atteint que par une organisation des acteurs ayant une relation avec l’activité agricole, l’aménagement de l’espace et sa gestion, la sauvegarde et la protection de l’environnement. Ainsi, notre objectif est d’aider à la création de deux types d’espaces de concertation. Le premier concerne l’organisation professionnelle des agriculteurs en vue de leur reconnaissance par les pouvoirs publics et de leur spécificité, et de mieux défendre leurs intérêts dans d’éventuels plans d’aménagement et d’extension de l’urbanisation. Le second concerne la création d’un espace d’échange, de formation et de concertation des acteurs ayant un rapport avec l’aménagement de l’espace, la sauvegarde de l’agriculture et la protection de l’environnement en milieu urbain et périurbain. En parallèle, il y aura un plan d’action visant l’identification de contraintes affectant le développement des unités de production agricoles, la conception et le choix d’innovations adaptées et leur test à un échelle locale et expérimentale. En attendant la concrétisation d’un tel projet, la vallée continue de broyer du noir.

Beniaiche Kamel

El Watan


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