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SÉTIF, La vie dans nos cités

Si la Pinède m’était contée
lundi 25 juillet 2005, écrit par : Nedj

Elle était habitée par des fonctionnaires de tous les secteurs, de personnes lettrées, avec beaucoup de savoir-vivre qui diffusaient et respiraient la convivialité.

La cité le Caire, aujourd’hui, jadis la cité d’Orléans, est plus familièrement connue sous le nom de la Pinède. Erigée vers la fin des années 1950 dans le cadre du fameux Plan de Constantine, surplombant fièrement l’entrée Est de la ville, elle se veut un symbole de modernité, à l’architecture futuriste de la capitale des Hauts-Plateaux.
Immeubles hauts, homogènes, spacieux et aérés, disposant, à l’époque, d’escaliers en marbre, d’ascenseur, et cernés d’espaces verts dotés de bancs et d’aires de jeux, tout ceci, sous l’œil attentif et vigilant d’un gérant qui s’occupait amoureusement et consciencieusement de l’hygiène, de l’environnement, de la maintenance des lieux, de la perception des loyers et du courrier des locataires qu’il connaissait un par un. Pour lui, les portes de ces derniers étaient toujours grandes ouvertes pour échanger des nouvelles autour d’une tasse de café.
Une affection et une tendresse réciproques les liaient étroitement au-delà de tout statut social. Il faut dire aussi que la Pinède était composée de fonctionnaires de tous les secteurs, de personnes lettrées, avec beaucoup de savoir-vivre qui diffusaient et respiraient la convivialité.
“Nous étions une seule famille. Tout le monde se connaissait, se respectait et s’estimait. Nous partagions nos peines et nos joies. C’était tout simplement extraordinaire”, nous raconte Amel, une enfant née dans cette cité, avec des yeux embués de larmes et la voix empreinte d’émotion, qui réside, aujourd’hui, hors de la ville. “Nous habitions au 8e étage et je prenais l’ascenseur avec mes parents qui y introduisaient une grosse pièce de 5 centimes, appelée “dourou”... Depuis, bien des choses ont changé. Si le nom est resté, la Pinède n’est plus ce qu’elle était.
Les bouleversements socio-économiques et l’exode massif ont fait beaucoup de dégâts et laissé des traces indélébiles dans la réalité comme dans les cœurs et les mémoires. Immeubles dégradés à la façade avachie et lézardée, ascenseurs transformés en vide-ordures, puis plombés, escaliers en ruine et sales, ordures balancées du haut des balcons jonchant le sol. Comme si cela ne suffisait pas, l’insécurité règne, le vacarme et les rixes, accentués par les nouvelles promotions immobilières qui se sont greffées aux alentours, assiégeant la cité et la réduisant en point de passage populeux.
Sans âme est clochardisée à l’extrême, au grand désespoir des enfants qui y ont vu le jour, hébétés, impuissants par cette malédiction. Les plus chanceux ont fui ailleurs. Un peu plus loin, à la cité Brincat et l’immeuble de l’hydraulique, construit à la même époque et qui se voulait fleuron du modernisme, ascenseurs avec clé, vide-ordures, porte d’entrée électrique, baies vitrées, massif et parterres de roses, garages personnels... Bref ! un refuge de l’élite.
Aujourd’hui, rien de tout cela. À la place des fleurs, le passant risque de recevoir sur la tête des trombes d’eau sale. Les temps ont changé et les nostalgiques n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Farid Benabid, Source : Liberté


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