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L’Algérie toujours à la croisée des chemins

samedi 30 mai 2009, écrit par : Ammar Koroghli, Le Quotidien d’Oran, mis en ligne par : Boutebna N.

eaucoup plus que le processus démocratique inauguré par la jacquerie populaire d’octobre 1988 (organisée ou spontanée ?) qui a été relayée vaille que vaille par la Constitution de février 1989 ayant reconnu le droit à l’existence des ACP (Associations à caractère politique ; pourquoi cette fragilité du langage ?), l’économie algérienne semble se mouvoir au degré zéro du take-off et la vie politique sombrer dans l’opacité.

De fait, parallèlement au projet de développement dit des « industries industrialisantes » du Conseil de la révolution -dont les membres survivants se sont retrouvés ipso facto membres du bureau politique du FLN-, un processus institutionnel qualifié de pragmatique en vue d’acquérir une légitimité constitutionnelle fut mise en place. Dans cette perspective, la pensée constitutionnelle algérienne a engendré un type de développement assimilable à un capitalisme d’Etat périphérique.

Constituée en structure gouvernante et principal acteur de la vie politique, la direction de l’armée a conçu un pouvoir central sous le modèle étatique comme entrepreneur premier ; d’où un secteur public sous forme de sociétés nationales dirigées par une partie de la technocratie.

« De grandes réalisations, d’un côté, des déséquilibres profonds et sérieux, d’un autre », tel fut le verdict du pouvoir des années 80, débutant ainsi une critique, allant crescendo, de la situation socio-économique codifiée par des textes ayant régi les grands secteurs de l’activité nationale : l’agriculture avec la révolution agraire et l’industrie avec la gestion socialiste des entreprises.

Aussi, le constitutionnalisme algérien va de plus en plus s’intégrer dans une autre logique, celle inaugurée par les orientations d’obédience libérale. La séparation des pouvoirs et le respect des droits et libertés individuels, considérés comme un credo du libéralisme politique, devint inéluctable face à une économie étatisée en ses grands secteurs : agriculture, industrie, mines, banques... Tout en maintenant le système politique dans la gangue du présidentialisme où l’irresponsabilité du chef de l’Etat n’est pas le moindre des défauts, l’équipe de Bendjedid entonna le leitmotiv de l’« après pétrole » en fondant leur politique sur une réorientation de la doctrine économique.

La faible rentabilité du parc industriel, la baisse sensible de la production agricole et l’accroissement de la population juvénile ont permis au secteur privé de s’immiscer davantage dans l’agriculture, la pêche, les industries de transformation, la construction et l’habitat, le commerce, le tourisme et les services. La cession des biens de l’Etat, le démantèlement des entreprises agricoles autogérées et la restructuration des hydrocarbures sont plus que des coups de semence. C’est autant d’éléments avancés par les tenants du libéralisme débridé à haute teneur capitalistique, à l’œuvre depuis bien longtemps, et que la justice sociale laisse de marbre (qu’ils ne se gênent pas d’importer à coups de millions pour leurs coquettes villas !).

Dans cette vaste opération de braderie des intérêts des citoyens algériens qui devraient bénéficier les premiers du droit de préemption sur le patrimoine public -que des politiciens véreux ont contribué à mettre à terre depuis au moins les années 80- les différenciations sociales se traduisant de jour en jour par une paupérisation avancée des travailleurs et une clochardisation honteuse des intellectuels à travers la non maîtrise de la dette extérieure, la dévaluation vertigineuse du dinar, la récession économique, la poursuite de l’inflation et le chômage. A cet égard, il reste évident que ni l’Argentine -pays ayant pratiqué le monétarisme à outrance-, ni la Pologne -pays ayant fait de la privatisation sa pierre d’angle- n’ont atteint leurs objectifs de prospérité économique qui rapprocherait leur PNB de ceux des pays de la CEE et du Japon ou des Etats-Unis d’Amérique. En ce sens, la dislocation de l’ancien système politique et économique (qu’il fallait certainement corriger) n’a été somme toute qu’un placebo sur un corps social dont les blessures sont loin d’être cautérisées.

En effet, après les municipales ayant vu la consécration du FIS, des élections législatives considérées comme « une épreuve-test pour l’avenir de la démocratie » devaient se dérouler en juin 1991. Il n’en fut rien. De même, l’« ancien nouveau » découpage électoral avec 430 députés n’était pas conforme aux vœux de l’opposition car elle estimait qu’il y avait là un risque de reconduction du parti unique, pour qui l’alternance n’était pas inscrite à l’ordre du jour.

Système de parti dominant et trabendisme

La « bipolarisation » de la vie politique algérienne (FLN-FIS) camoufla mal la réalité du pouvoir : un système de parti dominant évoluant dans le cadre d’un présidentialisme, où le chef d’Etat apparaissait de plus en plus comme l’otage de la haute hiérarchie militaire l’ayant assisté dans son ascension à la magistrature suprême. Ce système de parti dominant est en vogue au Maghreb (Tunisie), en Afrique (Sénégal), en Asie (Inde de Gandhi), en Amérique latine (Mexique) et même en Europe (France de 1981). Ce système est fondé sur le clientélisme, le népotisme, le régionalisme et les prébendes.

Par ailleurs, alors que la sphère de la production est quasi nulle et que l’Algérie dépend encore largement des recettes provenant des hydrocarbures, peut-on attendre beaucoup de choses de la mise en place d’un marché financier et d’une bourse, de la refonte du code de commerce relativement à l’émission des valeurs mobilières et de la libéralisation des prix ? A long terme, peut-être ? Il est à se demander, en tout cas, si cette vision des choses ne trahit pas un volontarisme politique fondé sur le monétarisme prôné par le néo-libéralisme en vogue, après l’effondrement dramatique des économies des pays de l’Est . Cette « NEP » à l’algérienne est en train de se traduire par une dénationalisation pure et simple de secteurs vitaux de l’économie avec la mise au chômage de plusieurs milliers de salariés et une inflation au pourcentage non négligeable.

En tout état de cause, bien des événements ont jalonné la vie politique algérienne depuis octobre 88 : les élections législatives avortées, l’échec du système du parti dominant, la cession des biens de l’Etat comme l’un des symboles importants de la souveraineté nationale, la mise à l ’école du trabendisme (comme l’une des nouvelles tendances de l’économie algérienne qualifiée pompeusement de marché), l’hallali lancé contre le secteur public jeté aux orties comme une sorte de « kleenex » économique, lui qui a servi de tremplin d’enrichissement aux fractions de la bourgeoisie algérienne alors même que la sphère économique informelle détiendrait près de 70 milliards de dinars algériens échappant totalement au circuit bancaire.

Or, après la démission-destitution de Chadli Bendjedid, l’appel à l’un des « historiques » (feu Mohamed Boudiaf), demeuré en dehors des joutes fratricides auxquelles se livraient les différents clans au pouvoir, augurait d’un changement qui aurait sans doute permis d’affranchir l’Algérie du sous-développement politique.

En effet, le système institutionnel mis en veilleuse un temps a été remis ex-nihilo sur chantier, à travers un Haut comité d’Etat (HCE, sorte de chef d’Etat collégial) et le Conseil consultatif national (CCN). De même, il fut question d’une révision constitutionnelle de nature à extirper les scories de la Loi fondamentale. De la même manière, si la vie partisane fut mise à l’index tant les pesanteurs l’avaient commandé, un Rassemblement des patriotes algériens constitua la ligne axiale du nouveau pouvoir.

Ce pouvoir fut, à priori, indépendant de la société tant civile que militaire, mais dont il a sollicité néanmoins les faveurs. Témoin le discours de Boudiaf sur la corruption ; ainsi, l’affaire du Général Belloucif qui a vu cet ex-haut personnage de l’Etat, durant le règne de Bendjedid, traîné en justice alors qu’il a bénéficié d’une impunité quasi-royale ; et l’affaire de la Chambre nationale de commerce où on apprend que cette vénérable institution des investisseurs privés aurait détourné 27 milliards de dollars.

En tout état de cause, l’assassinat de Boudiaf mit fin à une expérience politique dont beaucoup de citoyens attendaient un certain renouveau social, dans un climat de confiance réelle. La société civile a sans doute perdu là une occasion de se structurer durablement face à toutes les dérives du pouvoir, jaloux de son autoritarisme constitutionnalisé.

Société civile et terrorismes

L’intérêt de la question de la société civile se manifeste de plus en plus, face à l’arbitraire qui a caractérisé les tenants du pouvoir depuis l’indépendance, mais sans doute davantage depuis ce qui a été qualifié d’« événements » d’octobre 88 et la déferlante liberté d’expression savamment distillée et contrôlée. Ainsi, depuis la vague d’attentats individuels et de masse depuis 1992 préfigurant une guerre civile larvée, cette question redouble de pertinence puisque, en dernière instance, la société civile se retrouve comme principale victime. Aussi, l’interrogation demeure de savoir qui sont les véritables commanditaires dont les intérêts névralgiques -calculés en milliards- risquaient d’être sérieusement remis en cause ? Sans doute que l’analyse des faits depuis octobre 88 montre au moins le recul notable de la peur des Algériens cantonnés pour beaucoup jusqu’alors à la défensive. De façon tragique, ces faits n’ont cessé de révéler la résolution d’une fraction du pouvoir qui cherche à s’y maintenir au prix de n’importe quelle compromission et prête à sacrifier la vie de milliers de citoyens.

En tout état de cause, il est de notoriété publique que ni le pouvoir actuel, ni les islamistes ne sont monolithiques, en ce sens qu’ils recèlent en leur sein des tendances désignées sous les vocables de « durs » et « modérés », voire d’ « éradicateurs » et de « réconciliateurs ». Aussi, une frange de l’une ou l’autre tendance serait tentée de continuer à jouer la carte du terrorisme. Ce scénario est d’autant plus évident que les uns, comme les autres, ont intérêt à stopper toute initiative de nature à susciter un projet différent du leur. A ce titre, ils sont comptables devant l’Histoire du sang versé, dans l’attente d’avoir plus d’éléments sur les véritables commanditaires des attentats, ainsi que de leur mobile réel.

Toutefois, il est vrai qu’il ne faut pas accuser sans preuves avérés car l’hypothèse la plus plausible consisterait à considérer ces actes comme le fait d’une frange du pouvoir (incontrôlable ou manipulée) ou d’une fraction d’islamistes isolés et armés (par qui exactement ?) ; auquel cas il y aurait là conjonction d’intérêts communs et une alliance objective entre cette frange contradictoire en apparence mais visant le même enjeu, c’est-à-dire le pouvoir.

Ainsi, d’aucuns ont pu préconiser un « compromis historique », d’autres une « régression féconde ». Ces deux thèses ne sauraient être retenues. En effet, la première pèche par un mimétisme sémantique car l’expression « compromis historique » est d’évidence empruntée à l’exemple italien où la démocratie chrétienne au pouvoir chercha à gouverner avec ses ennemis irréductibles, les communistes (alors environ 30% des suffrages exprimés).

A cet égard, il est manifeste, en Algérie, que la société réelle (ou société civile) vit sous le joug de la société légale (la société au pouvoir), cette dernière continuant de gouverner vaille que vaille sous le signe de l’illégitimité et le sceau du monopole de la violence. Or, si la société civile aspire naturellement à la paix, peut-elle se permettre de se lier avec la fraction du pouvoir qui a tiré sur le « chahut » des gamins algériens ou avec la fraction armée de la tendance « jusqu’auboutiste » de la mouvance islamique ? En toute vraisemblance, l’Algérie réelle est pour un Islam modéré et pour un pouvoir assaini de ses éléments corrupteurs.

Quant à la « régression féconde », c’est une fabrication conceptuelle artisanale. En effet, un concept ne se forge que sur le fondement des faits et de l’expérimentation pour qu’il devienne opératoire. Ce prétendu concept est donc également inacceptable car induisant l’idée selon laquelle l’adjonction de deux termes au sens contradictoire peut faire oeuvre scientifique et, partant, explicatif de la situation en devenir de l’Algérie. La régression peut-elle être fécondée ? La fécondité peut-elle naître de la régression ? Allons donc !

S’il est acceptable de cogiter avec des concepts éprouvés universellement et s’il est fort judicieux de participer à leur élaboration, à défaut d’avoir ses propres concepts, force est de constater que le recours à une chose et à son contraire ne saurait que conduire à un non-sens, tant au plan épistémologique qu’au niveau de la mise en situation réelle. Aussi, faut-il tenir compte de deux paradigmes importants : la vision séculaire de la société algérienne (au moins, en partie), suite à la conquête du Maghreb à l’Islam avec comme but suprême l’édification de la cité idéale -El madina el fadhila- (héritage hellénique de la République, sans doute ?) et la conception de la modernité depuis la colonisation française avec ses attributs relatifs à l’idéal démocratique et le respect des droits fondamentaux de l’homme (qui a néanmoins abouti en cent trente ans d’occupation à la tentative de déstructuration mentale et spirituelle et, en définitive, de l’identité algérienne).

De ce point de vue, la permanence de l’ethnie arabo-berbère, des langues parlées -l’arabe dialectal et le kabyle, pour l’essentiel-, de l’esprit communautaire et de solidarité, du patriotisme comme nouvelle donne issue du mouvement national algérien, des essais de structuration étatique et de développement socio-économique enregistrés par la mémoire collective comme échecs et intégrés au moi national de façon critique, l’assimilation par l’intelligentsia algérienne de l’ensemble de ces éléments aboutit à l’idée de la nécessité d’une synthèse à opérer par des femmes et hommes intègres, techniciens avérés et politiquement neutres.

A cette synthèse doit faire face la société civile comme principal pourvoyeur du personnel politique appelée à gouverner l’Algérie. Tel doit être l’objectif prioritaire, en vue d’éliminer tout esprit extrémiste ayant pour credo la violence ou la torture comme mode d’orientation de la conscience nationale. La société civile doit conquérir ses lettres de noblesse en supplantant toute velléité de dictature militaire ou spirituelle, avec en prime une gérontocratie gouvernante, et en négociant fermement avec la société légale -c’est à dire celle-là même qui légifère en son nom et pour elle- et la société partisane (les différentes formations politiques, toutes tendances confondues) qui sollicitent ses voix. C’est à ce prix que la société civile aura procédé à la rupture d’avec la stratégie défensive qui l’a jusqu’ici caractérisée.

Deux Algéries ?

D’aucuns également nous indiquent qu’il y aurait deux Algérie : l’une « traditionaliste » avec pour doctrine politique l’Islam et pour objectif l’instauration d’une République islamique ; l’autre « moderniste » avec pour idéal une République avec des constantes (Arabité, Berbérité, Islamité) et, semble t-il, un Etat de droit tel que systématisé en Europe. Dans la mesure où, par urnes interposées et par violence devenue une donnée quotidienne, ces deux conceptions semblent irrémédiablement vouées à s’affronter quitte à verser le sang et à faire fuir la matière grise du pays, on peut conclure à l’impasse, dans ces conditions.

En conséquence, cette situation -inextricable au premier degré- ne peut faire l’économie d’une solution radicale, à la base de laquelle la synthèse dont s’agit. Cette proposition est la résultante d’éléments multiples dont les deux plus importantes sont, d’une part, les changements profonds intervenus dans les relations internationales par la dislocation du bloc de l’Est et le réveil des nationalismes (sanglant dans le cas de la Yougoslavie), la fin du monde bipolaire Est-ouest, la montée en puissance des mouvements écologiques dans les pays industrialisés et la paupérisation de plus en plus grande des nations prolétarisées avec l’émergence en leur sein d’une lumpen-intelligentsia et, d’autre part, la faillite de l’économie rentière tirant ses principaux dividendes des hydrocarbures que certaines franges du pouvoir se sont réparties à travers la construction d’usines par prête-noms interposés, villas cossues, comptes bien garnis en Suisse ou ailleurs, mode de vie ostentatoire et attentatoire à l’ordre public algérien en ce qu’il viole les mentalités par la frustration qu’il y installe.

Si cette synthèse (qui ne saurait être l’œuvre ni d’un homme providentiel ni d’une gérontocratie gouvernante) peut permettre la naissance d’une pensée politique expurgée de toutes les scories du passé, il reste évident que la société civile ne s’oppose ni à la société militaire (sauf en ce qu’elle a de répressif et lorsqu’elle est utilisée par des politiciens véreux à leurs fins), ni à la société spirituelle (excepté lorsque celle-ci cherche à lui imposer un mode de pensée et de comportement dont elle n’a nullement besoin). Il est d’ailleurs clair que la société militaire, comme celle spirituelle, est traversée par les mêmes contradictions. Après tout, les membres de l’une comme de l’autre ne sont-ils pas eux-mêmes des fils de la maison Algérie.

Au surplus, qu’il faille bénéficier de l’expérience d’hommes politiques sages et assagis par l’âge, rien de plus naturel, mais vouloir instaurer un système politique où les principaux rouages de l’Etat (gouvernement, assemblée, armée, partis ...) sont exclusivement aux mains de la gérontocratie est suicidaire. Une partie de cette dernière serait bien inspirée si elle faisait valoir son droit à la retraite, sans attendre son congédiement, signifié au demeurant par la jeunesse du pays depuis au moins octobre 88.

La ritournelle opposée, à cet effet, jusqu’alors et selon laquelle les jeunes n’auraient aucune expérience est largement dépassée car, d’une part, pour la « quadra » (après dix à quinze ans de pratique universitaire, administrative, judiciaire, politique, journalistique...) s’est largement affranchie de cette critique utilisée comme ruse factice et, d’autre part, une partie du personnel politique n’a plus rien à dire ni à apporter à l’Algérie, si ce n’est répondre de ses actes délictueux -voire criminels- ayant mené l’Algérie à la situation actuelle et dans laquelle la société civile a été privée de son droit légitime à l’expression sous toutes ses formes, étant par essence le vivier naturel pourvoyeur du personnel politique effectivement décideur.

Comment, dans ces conditions, apprécier l’éventuelle amnistie qui pourrait inaugurer le quinquennat d’après l’élection d’avril 2009 ? A se référer au fascicule consacré à l’Algérie, intitulé « Les Algériens souffrent et meurent » (publié en novembre 1996), Amnesty international mentionne que des dizaines de milliers de personnes -parmi lesquelles de nombreux civils (femmes, enfants, fonctionnaires, enseignants, journalistes, dignitaires religieux et militants politiques)- ont été tuées depuis le début de 1992, indiquant que : « Les victimes ont souvent été tuées chez elles, en présence de leurs proches, ou après avoir été enlevées, ou dans des circonstances qui n’ont jamais été éclaircies ; d’autres ont trouvé la mort à la suite d’attaques aveugles. Les exécutions extrajudiciaires imputables aux forces de sécurité et les homicides délibérés et arbitraires perpétrés par les groupes armés d’opposition sont une pratique bien établie depuis 1993 » (page 9).

Selon Amnesty, des milliers de personnes ont été arrêtées, torturées et tuées, spécifiant que des témoins oculaires lui ont raconté « les raids des forces de sécurité au cours desquels des personnes sont rassemblées, battues, enfermées dans les coffres des voitures puis emmenées ou abattues sur place ». Ainsi, Amnesty fait état d’exécutions sommaires et extrajudiciaires qui seraient imputables aux forces gouvernementales, d’homicides délibérés et arbitraires imputables aux milices armées, d’homicides et exactions -dont le viol de femmes vivant dans les régions rurales isolées- imputables aux groupes armées d’opposition (groupes islamiques et armée islamique du salut), de cas de centaines de « disparus », de torture et de mauvais traitements comme une pratique bien établie (les méthodes les plus utilisées étant celles du « chiffon », du « chalumeau », des sévices sur le pénis et/ou des testicules, de l’introduction de bouteilles et autres objets dans l’anus), de détention prolongée sans procès.

Par ailleurs, un panel de personnalités présidé alors par M. Mario Soares a été chargé de recueillir des éléments d’information sur la situation en Algérie, dans le cadre d’un mandat confié par l’ONU. De leur rapport, il appert que des détenus de la prison de Serkadji, un grand nombre de personnes détenues depuis longtemps ont déclaré que « bien qu’ils aient été arrêtés depuis longtemps, leurs dossiers étaient toujours à l’instruction ». De même, il y est indiqué que : « Face aux allégations concernant des disparitions, les autorités ont déclaré que les intéressés pouvaient être partis à l’étranger ou avoir rejoint des groupes de terroristes dans les montagnes ». S’agissant de torture, le rapport indique que : « D’après certaines informations, il y aurait de nombreux cas de détention arbitraire, de torture -traitement auquel les personnes soupçonnées de terrorisme seraient fréquemment soumises- et d’exécutions extrajudiciaires sans que le pouvoir judiciaire intervienne pour exercer un contrôle ».

Sur la situation des femmes, le rapport mentionne ceci : « Nous avons entendu des récits épouvantables concernant la violence terroriste, ainsi que la situation critique dans laquelle se trouvaient les mères, les épouses et les sœurs de ceux qui avaient été victimes de massacres terroristes ou d’exécutions extrajudiciaires ou qui avaient disparu ou été torturés ». De la même manière, sur la situation des enfants, on peut y relever que : « Les enfants qui ont survécu aux massacres souffrent de problèmes psychologiques après avoir été témoins de massacres sanglants dont leur propre famille a souvent été la victime. Certains d’entre eux sont handicapés et bon nombre sont orphelins ».

Cette situation sécuritaire de l’Algérie a été aggravée par celles économique et politique (Cf. mes précédentes contributions, notamment celles intitulées : « L’économie algérienne otage des hydrocarbures », in le « Quotidien d’Oran » du 24.09.2008 et « L’Algérie politique : De la démocratie résiduelle » in « El Watan » des 1er et 2. 02.2009). In fine, faut-il pratiquer la politique de l’autruche et faire table rase du passé ? La question se posera si une loi d’amnistie est prévue car à trop ignorer les victimes d’exactions, on finit par réhabiliter les bourreaux.

Ammar Koroghli, Auteur-avocat algérien


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3 commentaire(s) publié(s)
Commentaire n°32877 :
SALAM ALAKOUM. CETTE CROISEE DURE DEPUIS 21 ANS ET C’EST PEU DANS LA VIE D’UN ETRE MAIS LONGUES DANS LA VIE D’UN SOCIETE.
AZZEDINE LE SETIFIEN :
Mr KOROGHLI soyez-sûr:Il n’aura jamais deux Algéries,quitte à verser du sang et du sang,dans le pire des cas on optera pour une république islamique.VIVE L’ALGERIE, UNE ET INDIVISIBLE.

Réponse de Belhadj :

Yal Akh Azeddine,tu veux une republique islamique,alors va vivre en iran ou vas combattre en afghanistan,notre chere Algerie ne sera jamais islamique...l’islam est dans le coeur...!!!

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