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Marché informel à Sétif

Un dépotoir en plein centre-ville
samedi 28 janvier 2006, écrit par : Fares Rouibah

Les métiers de l’artisanat, qui faisaient jadis la réputation de l’espace où activaient les tanneurs qui occupaient à eux seuls tout un quartier, ont été chassés par toute une faune de nouveaux arrivants. Les petits fabricants de tamis, l’incontournable outil de préparation du couscous, ont eux aussi pris congé de ce quartier maculé et défiguré par l’incivilité de vrais faux commerçants.

Les gestionnaires de la cité ne se soucient guère de la préservation et de l’entretien des anciens quartiers, comme c’est le cas sous d’autres cieux où la sauvegarde et la protection de la « mémoire » est une affaire d’Etat. L’endroit n’est devenu par le bon vouloir de l’informel qu’on n’arrive pas ou on ne veut pas délocaliser, ni plus ni moins, qu’une décharge innommable. Après les heures de travail, le spectacle fait frémir les plus endurcis du commun des mortels. Le marché, qui offre un large éventail de produits périmés ou non, d’autant que les prix pratiqués défient toute concurrence, ressemble à un dépotoir. La municipalité, propriétaire de l’espace et responsable dans une certaine mesure de la santé et le bien-être du citoyen, laisse faire. Ses tentatives de délocalisation de ces revendeurs à la sauvette qui écoulent et en toute impunité n’importe quoi ont échoué. Les arrêtés d’interdiction d’exposition et de vente de produits périssables sur la voie publique n’ont jamais été appliqués à Sétif, où la force n’est pas à la loi, mais au desiderata de la nuée de vendeurs inconnus au registre du commerce. Rendant le paysage dantesque, ces « commerçants » exonérés de toutes les charges font de juteuses affaires qui ne rapportent rien au Trésor public. « Dans cet univers kafkaien, ce qui inquiète, dit un habitant des 132 Logements jouxtant la « foire », c’est le silence des responsables qui ne font rien pour cicatriser cette balafre qui défigure le centre-ville qui doit renouer avec sa vocation initiale, à savoir être le poumon d’une cité qui souffre terriblement de l’asphyxie des routes bondées... » Outré par la décrépitude des lieux, un autre citoyen va plus loin : « Où est l’Etat ? Où sont les pouvoirs publics pour lesquels la lutte contre l’informel n’est ni plus ni moins qu’un vœu pieux ? On a l’impression que les responsables ne veulent pas se mouiller. Ils n’ont apparemment pas l’intention de mettre, une fois pour toutes, le holà. » « Les responsables qui retardent l’échéance doivent, et au plus vite, désamorcer cette bombe à retardement qui infeste l’environnement immédiat du voisinage et du futur tribunal de Sétif », souligne un autre citoyen qui estime que les autorités qui ont fermé l’œil des années durant sont une fois de plus interpellées pour prendre des mesures, même si elles sont impopulaires. Pour ne pas rééditer les cas d’Arzew et de Daksi (Constantine), les pouvoirs publics ne peuvent pas raser le souk à n’importe quel prix, mais doivent trouver au préalable des solutions de rechange. Ne dit-on pas que gouverner, c’est prévoir ? Pour régler le problème, les garde-fous réglementaires ne manquent pas, il suffit seulement de les mettre en branle. La direction du commerce, qui excelle dans les bilans qui ne reflètent en aucune manière l’amère réalité du terrain, s’est-elle penchée sur le cas de Abbacha et des autres souks où le registre du commerce est banni ? Le service de l’hygiène de la commune a-t-il un jour dressé un inventaire sur l’état de ces lieux infestés par le poison ? La direction de l’environnement s’est-elle souciée de cet appendice qui gangrène, et en plusieurs endroits, l’antique Sitifis métastasée ? Non ! Par ailleurs, certains vendeurs sont intéressés par une régularisation qui leur permettra de commercer librement. « Cette précarité a trop duré. Nous sommes des pères et des responsables en quête de stabilité et de couverture sociale. Si les autorités nous faisaient de bonnes propositions et opportunités, on les accepterait volontiers, car l’informel n’est, qu’on le veuille ou non, pas éternel, on en est conscients. A défaut d’un contrat de travail, nous sommes obligés de gagner notre croûte et honnêtement. Avant de nous montrer du doigt, l’Etat doit assumer les responsabilités qui sont les siennes... », tels sont les propos de jeunes « commerçants », las de jouer avec la police de temps à autre et au chat et à la souris...

Kamel Beniaiche el watan


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