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CNAS DE SETIF

Les malades chroniques dans l’embarras
lundi 6 mars 2006, écrit par : Z.S. Loutari, Le Quotidien d’Oran, mis en ligne par : Nedj

La maîtrise des dépenses qui s’articule en priorité sur une politique de réduction des frais des produits pharmaceutiques que la CNAS de la wilaya de Sétif vient de mettre à exécution, provoque, d’ores et déjà, la hargne des malades chroniques bénéficiaires de cartes de gratuité de soins, qui crient, désormais à qui veut les entendre, à l’exaction et la provocation.

Les centaines de malades chroniques dont les cartes de gratuité de soins ont fait l’objet d’un blocage systématique se disent lésés d’autant qu’ils se sont trouvés, pour la plupart, conviés à s’acquitter de montants parfois exorbitants relatifs, selon le langage usité dans le milieu de la sécurité social, à un abus de soins. Mais, si les dirigeants de la CNAS justifient d’avantage cette attitude par une volonté engagée d’inculquer aux malades chroniques les principes de la moralité dans l’utilisation de leur carte de gratuité de soins, et par celle de sensibiliser les officines conventionnées dans le cadre de la formule du tiers payant afin de les engager ainsi à renouer avec leur mission de conseillers médicaux. Les contestataires parmi les détenteurs des cartes de gratuité de soins dénoncent l’aspect, pour le moins draconien, qui a entouré la mise en application de cette opération dite de contrôle et de vérification sur les fichiers de l’historique, les archives, selon l’adage des agents de la CNAS. Une visite qui nous a menés dans différents centres de paiement nous a révélés quelques autres vérités.

S.R., un vieillard amputé du pied droit, est atteint de deux maladies chroniques -il est en effet diabétique et cardiaque- ancien moudjahid de son état, n’est pas du genre à rechigner devant le moindre obstacle. Ayant été hospitalisé pendant quelques jours, le mois passé dans un hôpital privé où il venait de se faire implanté un broche, au niveau du pied amputé, suite à une brutale chute dans sa propre maison, le sexagénaire n’a pas échappé à une attaque cardiaque accompagnée d’un grave déséquilibre de la glycémie. Conséquence, le malheureux se fera prescrire trois ordonnances : l’une chez le généraliste, l’autre chez le cardiologue et la troisième chez le diabétologue auprès desquels, il se fait suivre régulièrement. La facture totale de ces médicaments s’est chiffrée, en 10 jours ;,à presque 52.000 dinars. N’ayant subi aucun contrôle de la part des médecins de la CNAS, -techniciens selon l’appellation dans le milieu de la sécurité sociale-, la femme du vieillard qui est allée répondre à la convocation adressée à son époux cloué au lit, dit ne point comprendre l’attitude de son interlocuteur à la CNAS. « Il a mis sous mes yeux les trois ordonnances et m’a, sur le champ, délivré un avis de remboursement d’un total de 12.000 dinars », nous confiera-t-elle et d’ajouter « le pire est que le médecin contrôleur qui ne s’était point soucié de l’état du malade m’avait reproché, sur un ton de réprimande, ce qu’il appelait traitements de complaisance de mon mari ».

Le cas de B.A. si différent de celui de S.R., diabétique et souffrante d’une grave infection de la bouche, cette vieille femme, qui n’a pour se maintenir en survie qu’une maigre pension de réversion d’à peine 5.000 dinars, est conviée depuis plus de 15 jours, -sa carte de gratuité de soins étant en toute logique bloquée-, à rembourser un montant de 25.000 dinars qu’elle dit ne pas pouvoir rassembler même en se privant de manger pendant 5 longs mois. Son tort est d’avoir utiliser sa carte 2 fois en 1 mois pour s’approvisionner en médicaments prescrits par le diabétologue et ceux prescrits par le chirurgien-dentiste. « Je crois qu’on est conviés à ne tomber malade qu’une fois tous les trois mois ! Dans ce cas il nous faut contracter un pacte avec le Bon Dieu ! nous dira la vieille femme dont le sourire orne son visage ridé et à moitié effacé par l’âge.

Interrogé sur les tenants et aboutissants de la nouvelle procédure et ses conséquences parfois néfastes sur la santé des malades chroniques, le directeur de la CNAS, M. Allami Saïd, nous argumentera que l’examen de l’historique d’un grand nombre de patients, révèle que la fréquence des consultations des médecins sujettes, en toute logique, à une prescription de médicaments a nettement augmenté et frise pour certains assurés l’abus. « Je tiens à vous informer que la facture des produits pharmaceutiques a atteint, en l’espace de 8 mois, la somme colossale de 204 milliards de centimes » et d’ajouter que les malades chroniques ont consommé, à eux seuls, 60% de ce montant. Statistiquement parlant, la CNAS reçoit annuellement les cotisations de plus de 324.312 assurés sociaux, d’un montant global de plus de 1,135 milliard de centimes, réparti entre 9% pour la part des ouvriers et 27% pour celle du patronat. 65% des cotisants de la CNAS de Sétif payent leurs cotisations mensuellement alors que 35% seulement les versent trimestriellement. Des données qui feront dire à un initié des affaires sociales qu’il est déplacé, voire absurde, de comparer la facture en produits pharmaceutiques aux recettes annuelles. Pour notre interlocuteur, il est plus que logique que les malades chroniques consomment à eux seuls le plus grand pourcentage des dépenses en médicaments. « Il ne faut pas oublier qu’un malade chronique est le plus exposé à toutes les infections et autres maladies, attendu que cette catégorie souffre le plus souvent de carence du système d’immunité », nous dira-t-il et de conclure que le système de la protection sociale s’achemine, peu à peu, vers la déviation de son rôle initial.

Pour le directeur de la CNAS, il s’agit de conserver la pérennité de l’institution. « La rationalisation des dépenses est la seule issue qui garantisse la pérennité de la sécurité sociale », argumentera-t-il, ajoutant « il ne faut pas oublier « la fuite » c’est-à-dire le défaut de cotisation qui s’aggrave de plus en plus, atteignant aujourd’hui 37% Le secteur des Transports reste celui qui est mis le plus à l’index du fait que 17% seulement des opérateurs des transports cotisent régulièrement, c’est-à-dire 400 personnes seulement sur 2.358 transporteurs affiliés, à ce jour.

Mais devant cette guerre des chiffres et de bilans contradictoires, les malades chroniques qui interpellent la tutelle et l’intervention du président de la République et même s’ils ne contestent pas le comportement de certains d’entres eux, se disent lésés et livrés désormais à eux-mêmes. Quelques cadres parmi cette catégorie sensible ont commencé, d’ores et déjà, à s’organiser et faire les premières démarches pour la création d’une association qui regroupera tous les malades chroniques pour défendre leurs droits et intérêts. L’initiative viendra-t-elle de la wilaya de Sétif ? Le temps nous le révélera.


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