Accueil > Reportages >

Draa Kébila : poterie et travail de la laine en voie de disparition

samedi 23 juillet 2011, écrit par : Rachid Sebbah, mis en ligne par : Boutebna N.

Autrefois, à Draa Kébila, commune relevant de la daira de Hammam
Guergour, toutes les femmes maîtrisaient parfaitement les techniques
de poterie traditionnelle et du travail de la laine. Ces techniques
artisanales se transmettaient de mères en filles.
Il n’y a pas si longtemps, chaque maîtresse de maison fabriquait
elle-même les ustensiles de cuisine dont elle avait besoin pour
équiper son foyer.

Pour cela, les femmes s’approvisionnaient en terre d’argile, en se
rendant par petits groupes aux gisements se trouvant non loin de leurs
domiciles. Elles emmenaient avec elles de petites pioches ou binettes
pour creuser et faire sortir la terre d’argile qu’elles transportaient
à la maison en utilisant un contenant appelé-Thakaffachth", tressée
avec de l’alfa.

Une fois l’argile brute arrivée à la maison, les femmes l’effritaient
en utilisant une massue en bois. L’argile en poudre passait par un
tamis pour lui enlever tous les détritus.
L’argile était ensuite versée dans un contenant en y ajoutant de
l’eau avant de procéder à son malaxage pour obtenir la pâte nécessaire
à la confection d’objets tels que les ustensiles de cuisine, les
jarres en terre (Ikkoufane) servant au stockage de blé, orge, figues,
farine etc.

Avant d’entamer la réalisation d’un objet en terre, la femme
choisissait une pierre plate ou un cylindre en argile (appelé
"amadhoune") pour servir de plateforme. Ce dernier avait la forme d’un
disque de 50 à 70 cm de diamètre et de 3 à 4 cm d’épaisseur. Il était
aussi utilisé surtout comme dessous ou comme couvert de jarre faite
d’argile.

Avec la pâte d’argile, les femmes fabriquaient divers ustensiles de
cuisine tels que les assiettes, des marmites, des bocaux, etc

La fabrication des ces objets nécessitait beaucoup de patience de la
part des femmes. Car le processus passait par plusieurs phases : la
préparation de la terre et de la pâte d’argile, la confection des
objets, la mise à la cuisson et enfin la décoration.

Pour la cuisson des objets fabriqués, les femmes préparaient un grand
feu avec ’Thimargha’ (faites de bouzze séchée de vache) et des bûches
de bois. Une fois le feu éteint, les objets refroidis étaient retirés
un par un avec beaucoup de précaution afin d’éviter la casse.

La décoration, simple et originale de chaque objet, avec des teintes
locales fabriquées par les femmes elles mêmes, achevait le processus
de fabrication artisanal.

A Draa Kébila, le travail de la laine était aussi répandu que celui de
la poterie ; d’autant plus que beaucoup de foyer s’adonnaient à
l’élevage de moutons pour obtenir la viande et la laine dont ils
avaient besoin et vendre le reste sur le marché.

Toutes les femmes apprenaient à travailler la laine et à fabriquer des
tapis, des burnous et autres habits pour couvrir les besoins familiaux
et vendre l’excédent afin de couvrir d’autres besoins.

Avant leur mariage, les jeunes filles fabriquaient elles mêmes les
tapis qu’elles emmenaient avec elles vers leurs nouvelles demeures
conjugales.

A travers le travail de l’argile et de la laine et leur participation
aux travaux des champs, les femmes d’antan se sont distinguées et ont
fait valoir leurs savoir faire artisanal. Elles fabriquaient elles
mêmes beaucoup d’accessoires notamment ceux utilisés dans le travail
de la laine ; le reste était le produit des hommes habitués aux
travaux qui demandent un peu plus de force.

Non seulement elles participaient à la production de biens et services
dont leurs foyers avaient besoin, mais elles transmettaient aussi les
métiers d’artisanat féminin à leurs filles pour assurer la relève
d’autant plus qu’à l’époque il n’y avait pas d’école dans cette
contrée.

De nos jours, à Draa Kébila, à l’instar de beaucoup de métiers
féminins, ceux de poterie et de la laine ont tendance à disparaitre de
tous les foyers et beaucoup de femmes ne gardent qu’un vague souvenir.
Mieux encore, nombreuses sont celles qui n’ont aucune idée à ce sujet.

Certes, aujourd’hui les femmes peuvent acheter tous les ustensiles
auprès des magasins mais la poterie locale et les objets en laine
auraient pu servir à alimenter le marché d’objets traditionnels dans
le domaine touristique. C’est un créneau porteur d’emplois pour peu
que l’on s’y intéresse.


Partager cet article :
11 commentaire(s) publié(s)
iznogoud :
Vous oubliez de mentionner que c’était un travail pénible et nos grand mères n’avait pas autre chose pour survivre que de travailler l’argile pour faire de la marmite à chorba , la beradapour l’eau,et le tajine pour la kesra et le maltou3qui nécessite plusieurs opérations très délicates.Quand au travail de la laine ,je peux dire que c’est le seul véritable et unique sport qu’exerçaient nos vieilles ,un marathon d’une journée d’aller -retour d’un piquet a l’autre distancés de 04 ou 05 mètres pour défaire la laine,accompagné souvent d’un chant sraoui ou kabyle ou chaoui ,tout dépend de la région.Tout ça c’est fini,on achète tout au souk made in china,aucun charme.Merci pour le souvenir
inconnu :
toute la poterie vendue sur les étalages à proximité des routes, proviennent de l’étranger , voire de la chine , ce qui est le comble. mais qui se préoccupe du sort de l’artisanat algérien : personne, alors passer votre chemin puisque ça n’intéresse même pas la crème brulée du pouvoir premier garant de la protection artisanale
el hadi :
nos traditions disparaissent doucement par contre on est bronche sur le plastique chinoi qui tue nos enfants avec leur produits chimiques., bon article mon frere. Il faut que les autorites locales fassent qlq chose pour revivre cette magnifique tradition sinon on va enrichir d’avantage les medecins.
Commentaire n°106408 :
Si les femmes étaient capables de tous ces travaux ,que restait à faire par les hommes ?Elles auraient du les évacuer car ils devenaient sans doutes des charges inutiles.
Karim :
Les hommes s’occupaient a leur éviter de verser dans un féminisme inutile et contre-constructif.
Ess-dif :
Merci pour ce partage de souvenirs...en lisant ton sujet,je me retrouve a l’age d’enfant assis devant grand mere(le3fou n’Rebbi Felas)...et toute une serie de mots et noms m’envahissent:uzwagh,tumlilts,sensal,abloul,ideqqi,timchatt,l’qerdach,azetta,lmerwed,thazdait...et cette sagesse qui se degageait d’elle qui ne s’arretait pas a dire:win umi ichoud afousis,azetta-s dima yetnegzay:celui qui est avare,son tissage sera toujours trop petit...! Ma grand mere disait dhaghen:l’awan l’3asser our yeggar hedd azetta,our thi tekkes,our tassenth ayn i3effnan....a l’heure de la priere de l’asser,on ne monte ni demonte un tissage et on evite de toucher les choses sales...Tanmirt-ik a mas Rachid.
Ess-dif :
et pour egayer les nuits,nos meres et grand meres(gardiennes des traditions)...nous abreuvaient de devinettes(thimse3raq)...ah hi a Si Rachid.:celle la je ne l’oublierais jamais et je suis sur pour toi...theqqar:sin bedden...sin mesbedden...sin qarren tak !tak !....azetta...mes salutations pour tous et merci Setif info pour cet espace...longue vie inchallah...
le nifsetifien :
c’est normale , alors habille toi en guendoura et chech comme ca en te voyons je dirai c’est le gardien du temple perdu U c’est un théâtre abstrait, au décor presque inutile.je fume dela tisane et je resteeveillé le cauchemar continu ainsi va le monde
BDS :
Voir certaines traditions ou activités artisanales disparaitre avec le temps, je pense que cela fait partie de l’évolution des sociétés. Notre patrimoine culturel et artisanal témoigne de notre intelligence dont il faut être fière et garde en nous la confiance et l’éstime de soi. Il faut pas regretter cette disparition mais nous deverons travailler trés dur pour attraper notre retard dans les différents domaines culturels ou industriels. Par cette occasion je salue nos sages amis de Draa Kbila et des environs.
mahmoud :
azul felamen et pour quoi la wilaya de setif il fait pas un donne pour aider ces gents la a garder leur tradition et leur travail au lieu de donner des milliards a ESS pour courir derrière un ballon en plastique ?????!!!!!!!!!!!!!
nadjim benbouriche :
azoul pour toulmende en tout les cas je veu remerci touts les gents qui en participe a ces travaux surtout les chose traditionel je veu encourager alor . et merci

Commenter cet article
الرد على هذا المقال

Derniers articles
Notre site utilise des cookies à diverses fins, notamment pour personnaliser les publicités.
En continuant à utiliser ce service, vous acceptez notre utilisation des cookies.   En savoir plus